Satsang dimanche 27 octobre 2019

Satsang dimanche 27 octobre 2019

Govindji : Aujourd’hui c’est Dîpawali 2019. C’est une grande célébration en Inde. C’est un jour auspicieux et ce bonheur est exprimé en allumant partout de petites lampes. La lampe se dit « dîpa » et « awali » signifie chaîne, rangée. Donc Dîpawali c’est la rangée des lampes, c’est cela que l’on évoque en disant le mot Dîpawali.

Toute célébration a sa signification. Partout dans le monde il y a des célébrations de toutes sortes. En fait chaque jour il y a une célébration quelque part. Mais pourquoi les célébrations ont-elles lieu, pourquoi sont-elles organisées par la société ? Nous allons continuer aujourd’hui ce que nous avons abordé dans la session précédente. Je vois que Bapuji Kiran est là et j’aimerais qu’il nous donne sa bénédiction.

Kiranji : Ce n’est pas moi qui vais donner une bénédiction, la bénédiction est donnée par le divin. Aujourd’hui c’est Dîwali, la fête de la lumière et il s’agit de la lumière intérieure, la vraie lumière intérieure de l’âme, celle de la connaissance spirituelle, de l’amour spirituel. Je fais le souhait que cette lumière vienne à nous. Que l’énergie de Ganesha élimine les obstacles. Que Lakshmi apporte la prospérité, la richesse de l’esprit et de la Connaissance, la richesse du bien-être, du vrai bien-être spirituel. A l’occasion de ce festival de la lumière, c’est mon souhait pour chacun. Que chacun accomplisse ce sankalpa. Le yoga et l’Ayurveda sont les deux disciplines qui peuvent nous conduire vers cette lumière spirituelle.

(incident technique)

Govindji : Bapuji a utilisé ces expressions : le jour de Ganesha, de Lakshmi, de la lumière intérieure, il a aussi utilisé le mot sankalpa. On a entendu ces mots-là. Tous ces mots appartiennent à la culture traditionnelle de l’Inde où ils sont utilisés, discutés, explicités et chacun dans cet environnement les entend.

Alors il y a cette première chose : on est conscient de soi-même, on a des sentiments et nos sentiments conduisent notre vie. [Notre à propos de la traduction : ici et dans la suite de l’exposé je traduis le mot « feeling » par sentiment, mais le sens en anglais est plus large, « feeling » veut dire aussi ressenti, sensation, impression, sentiment.]

Ces sentiments ont une certaine façon de se développer, d’apparaître, de se mettre à exister. On utilise souvent le mot émotion et on parle de la force des émotions. Si nous considérons ces deux mots, sentiment et émotion, et si on les sépare l’un de l’autre, que se passe-t-il ? Que se passe-t-il si on sépare les sentiments des émotions ? Que se passe-t-il si on sépare les émotions des sentiments ? Il n’y aura pas d’émotions sans les sentiments. Et s’il y a un sentiment, la vie continue. Le sentiment devient l’émotion. Quant à l’émotion, on sait quel grand rôle elle joue dans notre vie.

L’émotion est seulement une autre forme du sentiment. C’est l’état ultérieur du sentiment. On parle beaucoup des émotions, donc on est plus attaché à ce mot-là. Mais la racine de toute émotion c’est le sentiment. Bien sûr on peut dire qu’il s’agit plus ou moins de la même chose.

C’est ce qui cause les corps tels qu’ils apparaissent. Le corps, la vie humaine sont absolument produits par l’esprit, ils sont dans les sentiments. Quand on demande « comment ça va ? » la réponse est toujours au sujet des sentiments. On dit ça va bien, ça va mal… on fait toutes sortes de réponses mais toutes ces réponses parlent seulement des émotions, des sentiments. On peut en faire une liste détaillée très longue. En sanskrit tout ces sentiments sont appelés Bhava. Ces sentiments sont comme la batterie électrique qui démarre le moteur de la voiture. L’esprit est comme le moteur froid et silencieux qui est démarré par la batterie, l’esprit humain est démarré par les sentiments.

Bien sûr il y a là, un large champ de réflexion, d’investigation : d’où viennent les sentiments ?

On peut regarder rapidement cette question.

En France, le professeur a fait un voyage de 800 km en voiture et je lui ai demandé comment s’est passé le voyage. Elle m’a dit très bien mais le lendemain je n’étais pas bien, j’avais peur. Comment cette peur est-elle arrivée ? En fait le professeur a vu un accident qui était a eu lieu sur la route. Il y avait déjà des secours sur place alors elle est seulement passée avec sa voiture et le lendemain elle ne se sentait pas bien. Le fait de voir l’accident crée une peur, c’est un sentiment. D’où vient-il ? De la vision, du spectacle de l’accident. Le professeur ne voit pas pour la première fois de sa vie, elle voit depuis sa naissance, depuis sa naissance elle enregistre des choses vues. Depuis la naissance elle perçoit son environnement. On perçoit tout le temps, tout le temps le processus de la perception se produit et c’est enregistré automatiquement dans notre mémoire, différents sentiments sont enregistrés. Ces sentiments sont soulignés, titrés, représentatifs de l’incident perçu. Comment le sentiment est-il créé ? Par la perception de l’environnement.

Si dans l’environnement il y a des objets qui ont leurs propres caractéristiques, alors ces caractéristiques influencent directement nos sentiments.

La célébration d’aujourd’hui rappelle l’histoire de Rama : comment il est allé au Sri Lanka où il a vaincu Ravana le démon symbole de l’ignorance, et comment ensuite il est retourné dans le nord à Ayodya, où on a célébré son retour. Il y a une grande célébration où on prie Ganesh, Lakshmi, Agni… Cette célébration montre les caractéristiques de la prière, de l’hommage de l’humilité, de la dévotion, du divin. Tous ces caractères sont disponibles dans l’environnement lorsque toute la société les célèbre. Et donc quand les personnes expérimentent cette célébration, automatiquement ces sentiments sont enregistrés. Il y a une grande participation de tout le monde et ces sentiments sont rassemblés et enregistrés dans l’esprit.

Nos sentiments nous conduisent, ils prennent les décisions, ils donnent la direction des actions… tout est basé sur le sentiment. On le sait aussi très bien, on ne peut pas exprimer par les mots ce qu’on ne connaît pas, ce dont on n’a pas l’expérience, on ne peut pas l’exprimer. Donc quelque part l’expérience est là, bhava est là, c’est enregistré chez chacun.

Chacun a un sentiment qui lui est propre. Le mot « propre à soi » se dit sva en sanskrit ; et le mot sentiment se dit bhava. Svabhava c’est donc le sentiment personnel, propre, qui est unique, qui rend individuel. Tout le monde a ça. Tout le monde a son sentiment unique, individuel. Et c’est à partir de ce sentiment qu’on décide, qu’on prend une direction pour agir, pour manifester. Ainsi on peut parler de manobhava : le sentiment de soi-même.

Dans nos téléphones portables on sait qu’il y a plein d’émoticônes qu’on utilise dans les sms. Et quand je ne peux pas utiliser une longue phrase pour décrire mon sentiment alors j’utilise une émoticône. C’est si condensé, si concentré, tandis que les mots sont trop longs pour la communication alors ils font place aux émoticônes. Les manobhava sont ces expressions condensées, ce sont la racine de l’action de l’esprit. Ces manobhava ont été exposés, explicités dans les textes anciens par différents maîtres et de différentes façons. A notre époque, dans le champ de la psychologie on fait une liste d’émotions et de sentiments qui est très longue. Auparavant il n’existait que quelques mots pour désigner toute cette diversité. Avec les émoticônes, les émotions et les sentiments ne sont pas dits mais vus. C’est une forme d’expression très condensée. Il y a aussi dans les textes, des mots qui sont très concentrés pour désigner les émotions. Ainsi dans le Vedanta et la Bhagavad Gita, il y a 5 mots pour les désigner tous : Kama, Krodha, Mada, Moha, Lobha. Ce sont les sentiments fondamentaux selon la philosophie Vedanta et la Bhagavad Gîta. Toutes les nuances d’émotion que l’on différencie aujourd’hui sont concentrées dans ces cinq mots.

Dans l’Ashtavakra Gita, on trouve les mots suivants :

Kshma, Arja, Daya, Santosha et Stayam.

Dans l’un des textes du yoga les plus fameux, les Yogas Sutras de Patanjali, on trouve :

Raga, Dvesha, Avidhya, Asmita, Abhinivesha.

Et bien plus tard, il y a 2500 ans, dans les enseignements du Bouddha, on trouve :

Maitry, Sahaja, Karuna, Prafulla, Kratagyata

On parlera de tous ces mots car ils ont besoin chacun d’être élaboré et analysé. On doit discuter, analyser, expliciter ces sentiments qui conduisent notre vie, notre esprit. La semaine prochaine le Dr Falguni et le Dr (…) seront là et ils pourront expliquer ces mots. On peut aussi questionner son enseignant de yoga et lui demander de nous expliquer ces mots en détail. Ce sont les mots techniques de la psychologie ayurvédique.

Nous allons voir aussi comment ces sentiments sélectionnent les gounas. Comment les dravya gounas sont-ils sélectionnés par les sentiments ? Vous vous rappelez l’histoire qui a été racontée la semaine dernière : un photographe français voyage en Afrique et il veut prendre un lion en photo mais il s’approche trop et le lion se met à le charger. Finalement, juste avant que le fauve ne le tue, le photographe se réveille de son rêve et se retrouve dans son lit, couvert de sueur. Comment cette sueur a-t-elle été produite par son corps ? Son corps n’était pas en train de courir. Il n’était pas non plus dans un sauna. Il ne buvait pas d’alcool ni de vin. Alors comment la sueur est-elle arrivée ? Comment se fait-il qu’il se soit réveillé complètement trempé ? Si on analyse cette histoire, on comprend que ce photographe a eu peur de la mort. Cette peur de la mort, c’est abhinivesha chez Patanjali. Cette peur a sélectionné les gounas oushna (chaleur) et tikshna (tranchant, rapide). Ce sont des qualités physiques qui ont influencé le métabolisme et ça s’est répercuté sur les tissus du corps et la sueur a été produite. La sueur est la conséquence de tout ce processus. La sueur est la conséquence d’Abhinivesha qui est le premier facteur.

Abhinivesha est le premier facteur. Ensuite viennent les gounas. Puis le métabolisme change et sur la peau, les glandes sudoripares fabriquent la sueur. Voilà comment ça arrive.

Ainsi les sentiments sont-ils les racines causales de la transformation de la matière. C’est l’approche ayurvédique. Mais notre éducation actuelle ancre profondément en nous l’idée que seule la matière produit la matière, que seule la matière crée la matière. Ainsi on croit que les tissus sont fabriqués par les cellules et on croit que les cellules sont fabriquées par les éléments biochimiques, qu’elles sont fabriquées par l’ADN. Et ensuite on croit que l’ADN est fabriqué par les acides aminés et ceux-ci par les éléments chimiques. Toute cette chaîne d’éléments matériels veut montrer que c’est la matière qui crée la matière.

Donc cette approche actuelle est complètement différente de l’approche ayurvédique qui montre que les sentiments se manifestent dans la matière selon le processus suivant :

Bhava, Gounas, Karma, Prabhava (l’influence) et Dosha (la déformation).

Voilà comment sont changées les qualités de la matière, les qualités physiques du corps.

La semaine dernière on a parlé de la collecte : le professeur a collecté l’image de l’accident, c’est enregistré dans son esprit. Quand, de retour à la maison, elle s’en rappelle, elle ne se sent pas bien car elle se dit : « Et si ça m’arrivait à moi, ou à ceux que j’aime ? » Alors son corps, son esprit, ses sentiments et actions changent. Ils sont s’accordent avec Dhrati, la sélection des opinions.

Il y a Smriti (la collecte), Dhrati (la sélection) et Dhi (le jeu) : ces trois pôles décrivent le rôle des gounas. Ces dravya gounas sont sélectionnés par les sentiments, les manogounas ; les manogounas sont eux-mêmes sélectionnés par les manobhavas, les sentiments.

On peut résumer ainsi l’équation élaborée par l’Ayurveda :

Manobhava > Manogounas > Dravyagounas > Mahabhoutas > Métabolisme > Tissus, organes, physiologie > Corps

Et c’est ce corps auquel communément on s’identifie et qu’on dit être soi.

Encore une fois on peut répéter cette équation car elle est fondamentale :

  • Les sentiments, manobhava sélectionnent les qualités de l’esprit, manogounas ;
  • les manogounas sélectionnent les qualités physiques, dravyagounas ;
  • les dravyagounas composent les cinq éléments fondamentaux, les mahabhoutas ;
  • les mahabhoutas animent le métabolisme, la transformation des éléments en tissus, Dhatou, Mala, Kriya ;
  • le métabolisme élabore le contenu du corps, les organes et les tissus.

Dans l’enfance on collecte par nos sens et on construit nos sentiments. Mais après 6 ans, à partir du moment où on va à l’école, on collecte aussi par la réflexion, par l’interprétation, par la comparaison. Et ainsi on construit sa propre compréhension. Alors on a Dhrati, la sélection et on dit « selon moi…. » « mon opinion est que… » « à mon avis… » ….etc. C’est Dhrati qui parle alors. C’est l’essence de notre compréhension et on dit « c’est vrai ». Car c’est vrai pour nous. Et alors Dhrati devient un matériau de base pour Dhi. Dhi c’est le jeu, l’intelligence.

Donc on voit que les manobhava sont une chose fondamentale, le socle de la vie humaine. Ces manobhava sont collectés dans notre environnement. Quoique ce soit que nous collections comme informations, cela devient manobhava. Ainsi notre environnement nous influence et nous influençons notre environnement. C’est à double sens et ensemble nous survivons, nous vivons notre vie.

Aujourd’hui nous avons donc fait une introduction aux manobhavas. Une étude détaillée des manobhavas peut être faite en analysant tous ces mots sanskrits. Alors on peut mieux connaître les sentiments et les émotions. Dimanche prochain on parlera plus avant de ces mots sanskrits.

Question : Est-ce qu’il n’y a qu’un seul chemin de smriti à dhrati ?

Govindji : Ta question amène un autre sujet : d’où viennent Smriti, Dhrati et Dhi ? Pour cette question on doit prendre en compte les vies antérieures. On regarde notre main aujourd’hui et on se demande pourquoi nos doigts ont-ils cette forme spéciale ? On regarde notre corps et on se demande : Pourquoi les poumons travaillent-ils de telle et telle façon ? Comment a-t-il été décidé qu’ils prennent cette forme et qu’ils doivent être comme ceci et non comme cela ? Bien sûr pour répondre à des questions pareilles il ne faut pas se baser que sur cette vie présente qui ne dure que quelques années, mais il faut prendre en compte la vie humaine sur plusieurs millions d’années. Alors on peut voir comment le corps humain s’est fait, comment se sont faits la peau, les poumons et toutes les autres parties du corps. Tout cela a été réalisé à partir d’expériences qui se sont accumulées sur des millions d’années. Et cette mémoire de la vie humaine continue, se met à jour, change et trouve la structure la plus appropriée pour fonctionner. Les poumons sont comme ça car cela correspond à des millions d’années d’expérience. C’est samskara. Et la conséquence de toutes ces expériences, pendant des millions d’années, c’est le corps tel qu’il est aujourd’hui. Voilà le point de vue de la philosophie védique.

C’est notre façon de voir que de penser qu’on est là seulement comme ça, dans cette vie présente. Mais le « je » est seulement pour la vie présente. Il n’y a pas de « je » dans les vies antérieures ni dans celles qui suivront. Le « je » est seulement pour cette vie. On parle de « je », on s’identifie à lui, mais le « je » commence avec la naissance et finit avec la mort. L’observateur, lui, est indifférent et il ne meurt jamais. Cet observateur n’est pas « je », il est Atma. Mais en général on ne s’identifie pas à Atma, on s’identifie à l’utilisateur de la vie, celui qui expérimente et qui profite des expériences, celui qui a des sentiments.

Ainsi smriti se constitue depuis des millions d’années et cela continue toujours, comme le jeu de la vie universelle. Ce sujet nous amène dans le champ spirituel. C’est très bien exposé dans le Vedanta, le Bouddhisme, et le Samkhya.

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