L'Ayurveda en un clin d’œil

Une brève histoire de l’Ayurveda

Jusqu’en 1947, lorsque l’Inde se libéra elle-même du joug colonial britannique, l’Ayurveda avait été proscrit et sa pratique interdite. Après la libération, il fut à nouveau autorisé. L’Inde est aujourd’hui l’un des rares pays sur terre où l’Ayurveda est pratiqué – les autres étant l’Île Maurice, le Népal et le Sri Lanka.

Ailleurs dans le monde l’Ayurveda est considéré comme faisant simplement partie du business d’un bien-être plutôt cosmétique, ou alors au mieux comme un élément de l’approche préventive de la santé.

L’Ayurveda appartient à ceux qui réfléchissent à leur propre santé et à celle de leur entourage et qui se réfèrent à la nature de la vie elle-même. Ses racines s’étendent loin en arrière jusqu’à la plus ancienne connaissance que l’humanité ait jamais eue.

Il y a plusieurs millénaires les Vedas étaient transmis oralement de génération en génération. Ils ont été transcrits pour la première fois 2000 ans avant J.C. Aux environs de 800 avant J.C., d’énormes temples furent élevés pour la transcription systématique des sutras, ou de ce qu’il en existait à cette époque.

La pensée ayurvédique

Nous sommes capables d’estimer l’ampleur des Vedas d’origine à partir des sutras conservés par les textes qui sont appelés les Upanishads. Parmi les quatre plus anciens Vedas, il y a l’Ayurveda. Sa création est décrite par tous les sutras des textes ayurvédiques eux-mêmes.

Nous autres êtres humains sommes des êtres sociaux. Les impressions que nous recevons du monde au-delà de nous ne sont pas notre œuvre – elles sont entièrement l’œuvre de nos compagnons êtres humains. Toutes nos émotions sont des réponses à des stimuli « extérieurs ». Nos corps, nos vies et nos esprits, dans leur état présent, dépendent de ceux qui sont autour de nous – ce n’est pas nous qui en décidons du tout. Ils dépendent de nos souvenirs du monde et de ceux avec qui nous vivons. Ils dépendent de tout ce que nous percevons avec nos sens. C’est cela qui nous dirige.

Autrement dit, vivre en tant qu’être humain c’est être l’esclave de ceux qui nous entourent.

Cela signifie que nous aussi, en tant qu’individu, nous créons l’atmosphère dans laquelle nos compagnons humains vivent. C’est ce que signifie vivre en société. Les êtres humains vivent dans des groupes qui créent leur propre atmosphère. Peu importe que cette expérience soit celle de la joie ou du chagrin, elle sera liée à nos compagnons humains. Nous sommes partie prenante de l’environnement des autres – partie prenante du climat, du style de vie, de ce qui nous est nécessaire pour survivre.

Ainsi sommes nous liés à notre environnement et vice versa. Il y a des millénaires, lorsque les Vedas étaient dans leur âge d’or, les humains n’avaient pas de problème avec cet état de fait. Il y avait une société très forte, un système social yogique au sein duquel les hommes pratiquaient le détachement (vayragya) tout au long de leur vie. Leur seul objet d’attachement était la puissance de l’Univers. Les hommes n’étaient pas attachés à leurs émotions ou à leurs plaisirs intellectuels ou physiques – ces expériences n’étaient pas considérées comme essentielles.

Les temps changèrent. Les hommes commencèrent à vivre de plus en plus dans l’attachement (rag) et perdirent le contact avec la puissance de l’Univers. Les idées de « moi » et de « mien » se développèrent.

En fait on ne peut pas dire de quoi que ce soit « c’est à moi ». L’idée de possession nous apporte l’anxiété, le mécontentement, le regret et le souci, et cependant, nous y sommes attachés. Tout ceci a été décrit il y a des millénaires et appelé rag ; le sens littéral de ce terme est « parfum » ou « mélodie ». Les parfums du mental sont les expériences telles que le bonheur, la joie, la satisfaction etc. Le mental est constamment affamé de telles distractions et ne veut jamais reconnaître l’autre face de la médaille – les expériences de mécontentement, de tristesse et de chagrin. Parce que nous sommes attachés à l’une, l’autre viendra automatiquement que nous l’aimions ou non.

À une certaine phase de son développement, l’être humain découvrit les plaisirs intellectuels et psychologiques. Faire l’expérience de ceux-ci c’est comme prendre des antalgiques lorsqu’on a mal quelque part. Un antalgique aide la personne à ignorer sa douleur mais ne fait rien pour résoudre le problème qui la cause la douleur. Lorsque les hommes commencèrent à vivre de cette façon, comme des autruches qui cachent leur tête dans le sable et qui croient qu’elles sont invisibles, alors les problèmes commencèrent véritablement dans le monde.

Les gens sages pensent à la vie de ceux qui sont autour d’eux. Ils conseillent les autres, ils les conduisent. Aujourd’hui cependant, les gens ont oublié comment vivre avec détachement. Ils sont attachés à toutes sortes de choses – nourriture, jardin, maisons, argent… Comment pouvons-nous les aider dans leur souffrance ?

Les gens sages ont été guidés par les réflexions et les enseignements anciens, par les modes de vie indigènes et par le style de vie védique. Pour de telles personnes, qui sont en lien avec l’énergie de l’Univers, communiquer avec le futur, le passé et le présent n’est pas impossible.

En yoga il existe un exercice appelé sambhavi dans lequel une personne n’est plus une personne, le mental n’est plus le mental et la personne n’est plus qu’un élément du système de l’Univers. C’est l’état dans lequel l’âme de la personne s’unit à celle de l’Univers.

Dans les temps anciens, les sages yogis – qui étaient aussi des êtres sociaux – se réunirent tous pour interroger le plus sage d’entre eux et lui demander conseil. Cette âme sage entreprit les exercices et les pratiques nécessaires pour entrer dans l’état de sambhavi. Il se mit en lien avec l’âme de l’Univers et acquit la connaissance de son fonctionnement.

Il n’est pas possible aujourd’hui d’identifier la personne qui a acquis cela, car à proprement parler, lorsqu’on est en sambhavi on n’est plus soi-même (c’est-à-dire une entité séparée). Néanmoins, la connaissance du fonctionnement de toutes choses – notre naissance, notre corps, notre mort, notre vie, notre mental, les « goûts » et les toxines, les arbres autour de nous, etc. – fut transmise.

Le processus selon lequel l’Univers fonctionne n’est pas un sujet simple, mais on peut dire d’abord tout simplement que tout a un commencement, un milieu et une fin, et que tout résulte des concepts de temps et d’espace.

L’espace et le temps gouvernent tous les processus, y compris la vie humaine. Le soutien du processus entier, du début à la fin, nécessite le maintien constant de l’intention. Lorsqu’un élément d’un processus commence à fatiguer de persister, alors le processus ralentit et éventuellement se termine.

Ce qui est nécessaire pour garder un processus en cours de façon qu’il se poursuive, comment maintenir le flux parfait de l’appétit, de l’énergie, de l’intention et de la force, est un mystère. Il peut s’agir de n’importe quel processus – des acrobaties, un business, un mariage, quoi que ce soit. Les mêmes règles les gouvernent tous.

Tous les processus peuvent être parfaits – si tous les ingrédients nécessaires, les intentions, les qualités appropriés sont présents et les règles sont suivies précisément. Les déviations déstabilisent. Le processus commence à faiblir. Il y a des millénaires, lorsque le processus de la société humaine commença de faiblir, les gens devinrent anxieux et les maladies apparurent. La conscience enregistrée dans un cerveau humain sous la forme de la réalisation du secret du fonctionnement de l’Univers, fut appelée gyan (la connaissance). Les humains étaient reconnaissants de cette connaissance et les sages comprirent qu’elle appartenait à tous. Aujourd’hui nous vivons l’inverse de ce temps-là. Aujourd’hui les gens font breveter des idées qu’ils ont volées.

Il existe un mantra, OM DHANVANTARAYE NAMAHA, que l’on peut traduire ainsi : « Tout est connaissance pour ceux qui connaissent le secret de l’Univers. »

Cette connaissance a été transmise de générations en générations, et le temps vînt où l’on se concentra plus sur le corps humain. En fait on donna différents noms selon les domaines de la connaissance : les secrets des astres et du mouvement des planètes s’appelle nakshatra veda (astronomie et astrologie) ; l’économie fut appelée arthveda, tandis que les processus qui régissent les forces (la physique) étaient nommés dhanvrveda.

La connaissance consacrée aux fonctionnements des êtres vivants fut appelée ayu, d’où le nom Ayurveda.

Veda signifie compréhension. Aujourd’hui nous vivons si rapidement que nous avons perdu tout sens de notre propre contexte, y compris le contexte linguistique. Les auteurs modernes traduisent le mot Ayurveda de telle façon que tout son sens est perdu – parce qu’il n’a pas été bien compris tout d’abord.

Tous les livres de notre époque traitant de l’Ayurveda quels que soient leurs auteurs, commencent en affirmant que l’Ayurveda est la « science de la vie ». C’est la première erreur.

Nous savons ce que veut dire le mot « science ». Il vient du latin scientia, qui signifie connaissance, observation et compréhension. La science est basée sur ce qui a été compris à travers l’expérimentation. C’est à la base un protocole d’observation, et qui n’observe que ce qui peut l’être par les sens et qui peut être mesurable. La science ne cherche pas à savoir pourquoi tel processus est en cours, pourquoi les processus diffèrent, qu’est-ce qui les suscite, qui ou quoi les conduit, quels moyens sont employés pour les conduire, quelles sont leurs conséquences, ou même ce qu’ils font. La science ne pose aucune de ces questions – elle ne considère que ce qui est matériel et mesurable, ce qui est saisissable par les sens.

Le genre de connaissance qui constitue l’Ayurveda prend en compte les facteurs qui, intangibles, échappent aux sens.

Nous savons que les intrigues, les plaisirs, l’égoïsme et les chagrins humains sont tous des abstractions, mais ils sont certainement les conducteurs du comportement et des processus. En jetant simplement un coup d’œil sur quelqu’un nous ne pouvons pas dire s’il est égoïste ou généreux, mais ces caractéristiques invisibles vont conduire ses actions.

Certaines parties de notre vie sont les conséquences des intentions invisibles qui sont leurs causes principales. Lorsque nous sommes conscients, alors nous reconnaissons pourquoi nous agissons comme nous le faisons. Nous espérons acheter quelque chose de miraculeux, ou vendre quelque chose qui semblera miraculeux. Nos intentions conduisent des processus qui impliquent les matériaux variés présents autour de nous.

Si nous voulons vivre en tant qu’être humain, cela veut dire que nous avons besoin d’un corps humain. Nos os, nos organes internes, notre peau – tout cela ne sont que des moyens pour mettre en œuvre l’intention de vivre une vie d’être humain. L’intention n’est pas le corps matériel lui-même, mais sans le corps matériel, l’intention ne peut se manifester.

Toutes les sciences modernes sont identiques, limitées par leur considération préalable – leur credo préalable – que le domaine de la matière est ce qui conduit l’univers. Aujourd’hui les gens croient que la matière est le conducteur – que cette matière soit un acide aminé, votre jambe ou un oreiller, nous croyons toujours que ce qui est matériel est le conducteur. Nous croyons que la bio-chimie dirige la santé humaine et la physiologie et que les maladies surviennent de désordres biochimiques. C’est la croyance de la science moderne. Mais le conducteur en fait est caché, intangible et non-manifesté et il n’apparaît qu’à travers la matière qu’alors nous percevons.

Il y a cependant des forces intangibles qui sont la cause des changements dans le champ matériel. Toute la matière, à l’intérieur et à l’extérieur de nous, a ses propres caractéristiques qu’en Ayurveda on appelle les gunas.

Ces caractéristiques sont les qualités comme la dureté et la douceur, le froid et le chaud. C’est l’invention qui est la cause de la manifestation des qualités. Un bon exemple est celui des allumettes. Le feu est potentiellement constamment présent dans l’allumette mais il ne peut se manifester par lui-même. Le feu ne se manifeste que lorsque l’intention de faire du feu vient impliquer l’allumette pour l’allumer.

Tout ce qui est matériel a des caractéristiques. Chaque médicament de la pharmacie a ses caractéristiques, mais le médicament seul ne peut pas faire effet sans une intention et une action – le patient doit se rendre à la pharmacie, le pharmacien doit lui donner le médicament, il doit le prendre et alors celui-ci commencera à faire effet. Sans le conducteur invisible qu’est l’intention, rien de tout ceci n’a lieu, pourtant.

Reconnaître ce double niveau – celui qui est intangible et celui qui est matériel – c’est l’Ayurveda. C’est la connaissance de la vie et des processus. La vie est seulement un processus mené par un conducteur, une intention, et les moyens pour le mener dans le temps et l’espace.

En prenant cette approche, nous reconnaissons comment nous fonctionnons. Nous reconnaissons comment tout processus fonctionne, et quelles sont ses limites. Nous reconnaissons ce que sont les facteurs de la vie, et quelles fonctions ils remplissent pour faire de la vie ce qu’elle est. Nous reconnaissons les facteurs qui peuvent faire dévier un processus ou y mettre un terme. Et nous reconnaissons quels facteurs peuvent maintenir le processus en fonctionnement.

Ce sont des règles générales – elles ne s’appliquent pas seulement au corps. Elles s’appliquent partout : à un business, à une famille, à un mari – à tout. Le processus de la croissance jusqu’à l’âge adulte illustre bien cela. Le jour où un bébé naît, alors sa mère naît également. Lorsque l’enfant atteint l’âge de 20 ans, la mère peut vouloir continuer d’être une mère, mais généralement l’« enfant » lui dira d’arrêter – le processus de la mère est terminé, il n’est plus nécessaire. Certaines femmes cependant, continueront de s’attacher à leur rôle de mère quand bien même elles ont atteint l’âge de 90 ans, et elles continuent de traiter leurs enfants adultes comme des petits.

Elles n’acceptent pas le fait d’être désormais à une place différente, à une époque différente – et qu’un autre processus est en cours. À cause de ce manque de conscience, la femme souffrira. Elle veut être une mère tout au long de sa vie, mais la vie ne marche pas comme ça.

Les sociétés qui n’ont pas cette conscience, ne peuvent la partager entre leurs membres. La femme sera incapable d’élever ses enfants avec la conscience que la maternité est un processus qui un jour se termine – et cela créé l’ambiance de beaucoup de familles aujourd’hui. Chacun redoute la visite obligatoire qu’il doit faire à noël. Les enfants adultes détestent noël mais doivent rendre visite à leur « mère » car c’est la coutume. La « mère » a 60 ans et fait toujours de son mieux pour endoctriner son enfant adulte. C’est un manque de conscience.

La conscience est la connaissance des nécessités dictées par le lieu (l’espace) et le moment (le temps) que vous occupez. Ce que dictent l’espace et le temps est ce qui doit être fait – voilà ce qu’est la conscience. Et ce n’est pas possible de s’attacher soi-même à ses propres idées avec de la super-glu.

Si vous faites l’apprentissage de l’Ayurveda vous apprendrez les causes et leurs caractéristiques, de même que les caractéristiques des ingrédients, des processus, de l’espace et du temps.

Ce qui rend l’Ayurveda unique c’est qu’il s’agit d’un art ancien. Ces idées anciennes continuent de s’appliquer aux fonctions de la conscience humaine. L’Ayurveda n’a pas changé depuis des milliers d’années – ses considérations et ses règles sur l’univers sont telles qu’elles ont toujours été, et elles sont toujours valables.

Dans la biologie moderne de nouvelles découvertes sont enregistrées chaque année – ce qui s’appliquait hier n’est plus valable aujourd’hui. Il y a 10 ans tel médicament était tenu pour excellent, chacun le recommandait et l’utilisait – et maintenant il a été dénoncé comme étant le plus mauvais et a été interdit. C’est l’instabilité de la science moderne.

L’Ayurveda est vieux de milliers d’années. Rien n’y a été changé. Il ne laisse aucun doute. La science moderne, elle, est basée sur le doute. C’est la différence entre la connaissance ancienne et les conjectures modernes.

Il n’y a pas de place dans l’Ayurveda pour le doute ou la défiance. C’est une compréhension d’ensemble qui ne laisse rien de côté. Lorsque vous rendez visite à un praticien ayurvédique il s’intéressera à votre anus, vos yeux, vos genoux, à tout, tandis que si vous allez à l’hôpital avec une rage de dents on vous enverra chez le dentiste. Pour votre constipation et votre douleur aux genoux vous devrez consulter des spécialistes différents aucun d’entre eux n’est capable de regarder votre corps comme un tout – en dépit du fait que vous êtes né comme un tout. Vous avez un corps, une vie, c’est un tout et non un assemblage de pièces séparées.

Ce genre de connaissance reste incomplète et cela signifie que dans notre société moderne notre vie même est dans les mains de personnes qui sont totalement dominées par un manque de connaissance. La vie est un tout, un ensemble complexe où tout est interrelié.

L’étude de l’Ayurveda concerne le corps comme un ensemble qui comprend ce qui est intangible, ce qui est tangible, l’espace, le temps, les qualités et les comportements, la psyché et l’âme, les sens, le corps, ses produits, l’énergie, absolument tout. Cette étude implique que vous ayez une vue complète de l’existence, de la santé et de la maladie.

La biochimie n’est pas la cause de la vie. Celle-ci est causée par l’intention dans l’esprit, la psyché et l’âme. Une chose aussi essentielle ne peut pas être ignorée, mais la science moderne supprime ce fait et prétend savoir qu’il n’existe pas.

L’Ayurveda implique la moindre parcelle d’espace, la moindre fraction de temps, la plus minuscule partie de la vie, dans un tout.

Quand vous avez ouvert ce livre, vous avez tourné la première page et afin de continuer de tourner les pages, vous devez être intéressé, afin de diriger parfaitement vos doigts, et d’avoir la force de les mouvoir. Tenir le livre et tourner les pages nécessite une dépense d’énergie, qui doit être soutenue. Nous devons constamment surveiller l’économie de cette énergie de façon à ce qu’elle se maintienne.

Tous nos comportements, y compris le régime, l’exercice et le sommeil, sont les ingrédients de notre vie, la source de l’énergie pour notre vie. Le régime ne concerne pas seulement l’énergie matérielle grossière – nos autres comportements, y compris le comportement culturel et social, sont aussi des sources d’énergie pour notre vie.

Le but de la nourriture, cependant, n’est pas seulement qu’elle soit appétissante, nourrissante, qu’elle sente bon et ait bon goût, mais qu’elle soit présente en quantité correcte, que la combinaison des ingrédients soit appropriée, qu’elle soit consommé au bon moment – tout cela doit être pris en considération.

Vous avez peut être remarqué que certaines personnes n’aiment pas cuisiner leur propre nourriture. Si quelqu’un leur propose de les nourrir, ils mangent, mais ils ont peur de risquer mourir. Ils iront au restaurant, ils demanderont de la nourriture à leurs amis, ils chiperont des fruits sur les arbres de leurs voisins, ils survivront d’une façon ou d’une autre – mais il souffrent d’un constant manque d’énergie et de nutrition. Il n’est pas possible pour une telle personne de se débarrasser d’une maladie – ils cultivent plutôt les maladies en restant paresseux lorsque le moment vient de prendre soin d’eux. Ils ne veulent pas dépenser d’argent et ils ne veulent pas abandonner leur paresse, alors ils cultivent la maladie et la sécheresse, et selon le type de personne dont il s’agit, ils deviendront maigre ou obèse. Ils souffrent.

Nous cultivons nos propres maladies. Mais lorsque nous ajoutons tous les ingrédients essentiels nécessaires à notre vie, alors nous retrouvons notre équilibre et nous allons mieux. C’est pourquoi ceux qui viennent à Kuti pour des séminaires sur l’Ayurveda, passent du temps à apprendre comment respirer, cuisiner, danser, s’exercer, peindre et chanter – en d’autres mots comment vivre.

L’esprit est le facteur principal de la vie

Tout comme n’importe quel processus, la vie est le résultat de plusieurs facteurs incluant l’espace et le temps, un commencement, un milieu et une fin et un effort constant pour maintenir le processus en cours. Chaque moment implique notre tentative de survivre jusqu’au moment suivant.

Les efforts que nous faisons pour survivre sont si intenses que si quelqu’un venait nous dire que nous sommes sur le point de mourir, nous ne le permettrions pas. Nous ferions alors tout ce que nous pouvons pour ne pas mourir. L’effort, l’énergie, la volonté de vivre sont plus forts que tout. Lorsqu’un processus a ce genre de force, il y a bon espoir qu’il survive. Sans une telle énergie, sans une telle intention, sans motivation, un processus va sur sa fin.

Si nous voyons une personne qui soudain perd tout intérêt pour la nourriture, déteste les membres de sa famille et ses amis, se sent dégoûtée de tout, et ne veut plus que dormir comme si elle était déjà un cadavre, alors ce qui s’ensuivra c’est la dépression, la sécheresse et la douleur. La détoxification naturelle et la régénération ne se produisent plus dans le corps qui devient alors comme celui d’un mort-vivant. Le désir de vivre a disparu. Et tout processus nécessite cette impulsion constante.

Nous n’avons pas une seule intention cependant – et nos intentions sont sans fin. Nous ne voulons pas seulement manger – ce n’est pas comme ça que ça se passe dans la vie. Au moment où notre faim est apaisée, nous sommes motivé pour faire quelque chose d’autre – peut être la vaisselle, ou préparer un café, ou projeter de passer un coup de téléphone. Et nous n’avons pas encore fini de composer le numéro que nous réalisons que nous voulons fermer la porte parce qu’il fait froid. Avant d’atteindre la porte nous nous rappelons que nous avons oublié nos clés dans la voiture et le temps que nous parvenions à la voiture, le téléphone sonne à nouveau…

Le moteur dans notre tête nous dirige constamment, comme un mauvais chef qui nous donne de nouveaux ordres sans attendre que le précédent soit exécuté. Voilà le genre de chef qu’est notre mental – et lorsque nous nous relaxons un moment cela implique que notre travail, en notre absence, doublera, parce que nous sommes les parfaits esclaves de notre mental. La seule option, par conséquent, est de nous libérer nous-mêmes et devenir notre propre patron. Cependant cela demande du courage, et de savoir comment gérer nos ressources. Lorsque nous devenons le patron – le maître – de notre mental, alors nous pouvons l’utiliser comme nous le souhaitons. Le mental n’aura pas d’autre choix que de faire ce que nous lui disons de faire.

En tant qu’être humain, nous sommes des acteurs libres. Notre mental est notre propriété privée, et c’est à nous de décider de ce que nous allons en faire et comment nous allons en prendre soin. Nous sommes celui qui décide quoi faire, quoi boire, quoi manger, comment parler, quoi écouter, quand prendre une pause, quand travailler. Nous sommes véritablement libre lorsque nous décidons librement de ce que nous faisons. Nous fixons notre régime quotidien et le rythme de notre vie.

Tout le monde n’est pas libre cependant, et ceux qui ne le sont pas envient ceux qui le sont. C’est une importante source de colère et de mécontentement dans la société, mais c’est un aspect fondamental du comportement humain. Nous pouvons agir librement ou nous comporter comme des esclaves. Lorsque nous sommes libres, nous avons la force d’évaluer les choses pour nous-mêmes. De telles personnes jouissent de l’indépendance.

Lorsque l’esprit est libre nous pouvons nous dire que le matin nous avons besoin de pratiquer le pranayama. En faisant cela, nous maintenons une bonne circulation sanguine, une bonne pression artérielle, et nous nous débarrassons des problèmes d’arythmie, d’asthme et de différentes douleurs physiques. Nous en aurons le contrôle. C’est à cela qu’on reconnaît un esprit libre. Lorsque nous sommes libres nous pouvons nous mettre à l’écoute de l’esprit plus vaste de l’univers, et cela parce que nous nous contrôlons nous-mêmes.

Lorsque notre esprit est asservi, nous n’arrivons pas à nous lever tôt. On trouve dur d’aller au travail. Nous buvons et mangeons à toute heure. Nous n’avons jamais un repos suffisant. Et nous sommes les esclaves de toutes ces choses – boisson, nourriture, sommeil, travail. Notre corps est rompu de fatigue et nous ne parvenons pas à le diriger.

Lorsque l’esprit est libre, il est détaché. Nous pouvons suivre les principes qui conduisent non seulement notre vie, mais tout l’univers. Une vie dans un corps humain nécessite que chaque matin nous pratiquions pranayama, que nous fassions de l’exercice, que nous mangions un petit-déjeuner cuisiné, que nous parlions avec les membres de notre famille, et que nous allions au travail. Nous suivons les exigences de l’espace et du temps.

Naturellement le choix du lieu et du moment dépend de moi – c’est ma libre décision. Je choisis ce que je préfère, et lorsque j’agis dans un certain lieu et à un certain moment, je dois faire ce que j’ai décidé. Ce genre d’action n’entraîne pas d’attachement. Il n’apporte ni plaisir ni chagrin, mais au contraire la satisfaction d’avoir accompli ce que je voulais réaliser. Un tel style de vie implique la libération de l’esprit, la mise en œuvre de toute la connaissance.

Aujourd’hui cependant, nous rencontrons différentes situations où l’on n’est pas libre. Les gens ont d’autres genres de connaissance, qui leur viennent des livres bien sûr et lorsqu’ils se retrouvent ensemble ils se bombardent les uns les autres avec ce qu’ils croient être vrai afin que les autres suivent leurs conseils. Ils ne pratiquent rient par eux-mêmes mais ils sermonnent les autres. Cela n’est pas correct.

Nous avons besoin de d’abord pratiquer ce que nous savons à notre sujet. D’abord et avant tout, je pratique pour moi-même. Notre esprit lorsqu’il est libre parvient à faire ce qu’il connaît et alors nous le faisons. Lorsque nous essayons cela, nous gagnons en expérience et cela nous conduit quelque part. C’est la liberté absolue.

Si nous faisons quelque chose uniquement parce que quelqu’un d’autre nous a dit de le faire, cela signifie que nous sommes l’esclave des conseils de cette personne. Pourquoi faisons-nous ce que quelqu’un d’autre nous dit de faire ? Eux savent pourquoi ils veulent que nous le fassions, mais nous, nous ne le savons pas. Cela n’est pas correct. Nous devons toujours savoir ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons et comment nous devons le faire. L’esprit doit être libre et non pas suivre les conseils d’autrui. Un conseil est seulement une information. En fait quoi que ce soit qu’un autre vous dise, cela n’est pas vrai. C’est seulement une information – vous êtes celui qui en fera une vérité ou non, par votre propre raisonnement. Vous êtes celui qui décide si c’est stupide ou si c’est vrai.

Les gens se comportent aujourd’hui comme si ils avaient un port de clé usb dans la tête. Quoique ce soit qu’ils ressentent, ils doivent en dire quelque chose, et ils parlent de ce qu’ils ont lu dans les magazines et qu’ils ont téléchargé dans leur tête. Et la personne qui leur répond le fait aussi avec ses informations de seconde main. Et c’est cela qu’on appelle apprendre.

Tout le monde transfère des informations d’un point A à un point B, en parlant de ce que d’autres ont démontré ou dit, de ce que nous avons vu à la télévision, alors ça doit être vrai. Nos vérités sont ce qu’a dit un professeur. Celui qui parle fabrique le vrai, que l’information nous parvienne sous forme d’un graphique ou qu’elle ait été publiée à Londres. C’est comme ça qu’aujourd’hui on détermine ce qui est vrai. Nous ne raisonnons pas par nous-mêmes, nous ne faisons pas nos propres expériences. Nous téléchargeons les nouvelles sur nos clés usb, nous les répétons, et alors nous croyons tous que nous sommes sages. Voilà les temps dans lesquels nous vivons. C’est ce qui passe dans les conversations entre êtres humains. C’est tout à fait le contraire de ce que cela devrait être.

Nous parvenons à la vérité quand nous vérifions l’information par nous-mêmes. Lorsque nous faisons cela, nous n’avons plus besoin de répéter les informations qui viennent d’un saint ou de la télévision. Nous avons déjà fait nos propres expériences.

Pour être nous-mêmes libres, pour que notre esprit obéisse à nos instructions, nous avons besoin de connaissance, et nous devons travailler sur toutes les informations, y réfléchir, nous les rappeler constamment et gouverner les actions de l’esprit d’après cela. Nous devons observer que toutes les activités sont des processus, et que chaque processus est conduit par une intention.

Observer un processus est une approche qui nécessite un esprit discipliné, domestiqué. Cela nous conduit à la compréhension. Quelle est cette discipline ? C’est le détachement, la gratitude, la paix, le respect et la tolérance. Lorsque nous sommes dans cet état nous sommes sans émotions, notre esprit est calme, nous n’avons pas peur.

Lorsque nous sommes attachés, il y a beaucoup de choses dans le monde qui nous irritent. Nous faisons de notre mieux pour les éliminer, pour les ignorer. Ce style est celui de l’ignorance, du manque de conscience. Nous sommes les esclaves d’un esprit qui ne fait aucun apprentissage.

L’Ayurveda dit : vivez consciemment. En apprenant comment vivre, nous faisons des expériences, qui constituent ce qui est l’essence de l’action. Nous devons nous en tenir à ce qui pour nous est vrai. Lorsque nous faisons cela, nous ne sommes plus des esclaves, parce que nous savons alors parfaitement où nous allons.

La réalisation devrait être notre guru, le guru à l’intérieur de notre propre tête. Reconnaissez votre guru intérieur. C’est le premier principe pour vivre avec les autres. Nous voyons sans cesse, à chaque processus, quelle en est l’intention, quelle douleur il amènera, quels ingrédients sont nécessaires – vous voyons le résultat à l’avance. Qui que ce soit que nous rencontrions, déjà nous reconnaissons qui ils sont, quelles sont leurs intentions, comme ils se présentent eux-mêmes, ce qu’ils ont à l’esprit, dans quel genre de processus ils sont impliqués, ce qu’ils gardent, comment ils se comportent. Nous n’aimons pas du tout les autres – ce que nous aimons sont les approches qu’ils ont de la vie. Nous, êtres humains, changeons. Le teint brillant, éclatant que nous avions à 17 ans se transforme et devient des rides à 70 ans. Notre dos se courbe, nos jambes deviennent instables, nos épaules tombent. Cependant, ce n’est pas le corps que nous aimons. Ce que nous aimons c’est la façon dont l’être humain se comporte, et lorsque le comportement change, alors nous pouvons cesser de l’aimer.

En Ayurveda on insiste beaucoup sur le comportement. Il est considéré comme un élément crucial du processus de la vie. De la façon dont nous nous comportons, la société se comporte. Du matin au soir, nous créons nos propres humeurs, et d’après cela nous respirons, notre cœur bat et nos sentiments sont créés sur cette base.

Maintenant, soudain, nous recherchons tous l’Ayurveda pour notre santé. C’est seulement parce que nous faisons l’expérience de la maladie que nous avons trouvé l’Ayurveda. Dans l’Ayurveda nous demandons : Qui a apporté cette maladie ici ? Est-ce que c’est arrivé par le courrier ? Comment est-ce venu là ? La maladie est apportée en nous par notre propre comportement. Notre apprentissage échoue, alors notre comportement change et ensuite notre corps tout entier change – les enzymes, les hormones, les organes, les tissus.

La cause de la plupart des maladies est dans notre psychisme. Il y a certaines maladies qui sont causées par les changements de temps, par la morsure d’un insecte, ou par la consommation d’un toxique, mais cela arrive rarement. La plupart des maladies ont leur origine dans notre comportement, qui est produit lui-même par notre esprit, et notre esprit est produit par notre connaissance.

C’est la façon dont l’Ayurveda décrit la souffrance humaine – mais en fait ce ne sont pas les gens qui souffrent. La personne en elle-même ne tombe pas malade – ce qui est malade c’est son comportement, les caractéristiques de son esprit, les intentions. C’est cela qui tombe malade. L’esprit et son fonctionnement sont décrits en détail en Ayurveda, et notre comportement est la manifestation de notre esprit, la manifestation des qualités de l’esprit qui sont constantes et inchangées. À cause de notre ignorance nous sommes dépassés par ces qualités qui alors altèrent notre comportement.

Voici un exemple. Nous savons ce que c’est que d’avoir faim. C’est une caractéristique naturelle de l’être humain. Si quelqu’un apporte un gâteau et le laisse dans la cuisine puis s’en va, alors quelqu’un le verra, et peut être que cette personne craindra que le gâteau ne soit partagé entre de trop nombreuses personnes et qu’il n’en reste pas suffisamment pour elle. Pendant que personne ne regarde, cette personne pleine d’appréhension fourre  un morceau du gâteau dans sa bouche avec les deux mains et cache un autre morceau dans un endroit qu’elle seule retrouvera.

Il est approprié d’avoir faim lorsque les circonstances le demandent. Cependant, la quantité que nous mangeons – si, par exemple, nous mangeons un gâteau entier en ne laissant rien pour personne – n’est pas appropriée. La quantité de nourriture que nous mangeons est déterminée par nous et nous seulement. Il n’y a rien de mal à avoir faim mais la quantité qui va nous rassasier peut être fausse.

La colère, l’attachement, le désir, l’avidité, la passion, le plaisir, la satisfaction, l’égoïsme – sont des caractéristiques naturelles de l’esprit. Il n’est pas possible de nous en libérer totalement et une certaine dose de chacune est correcte et bonne.

Une overdose de colère, de passion et d’égoïsme créera une rupture de notre comportement. C’est la cause des défaillances du corps, des défaillances de la société. Seuls subsistent les désirs, l’avidité, l’envie, la passion, l’égoïsme – tous en overdose. Lorsqu’une partie de l’esprit est affligée d’une telle overdose, nous le voyons de loin dans le comportement de la personne.

Il y a une certaine combinaisons idéale des qualités de l’esprit pour chaque processus. C’est comme lorsque nous employons du sel – si nous salons trop notre café au lieu de le sucrer, il sera imbuvable. De la même manière, lorsque l’avidité, l’envie ou l’égoïsme sont sur-dosés dans le mental, les gens n’arrivent plus à vivre ensemble comme membres de la même famille, comme voisins, ou comme partenaires, parce que le dosage de ces qualités n’est pas proportionné – il est excessif. L’esprit a ses qualités, qui sont appelées guna en Ayurveda, qualités qui doivent être présentes en quantité optimale. Dans une certaine combinaison, elles sont acceptables pour un processus, que ce soit une famille ou la société, et l’harmonie de la combinaison fait la santé du processus.

Lorsqu’un processus commence d’être contaminé, lorsqu’il y a une overdose de colère, d’attachement, de désir, etc., alors le processus échoue. Il vieillit rapidement et meurt. Ce n’est pas le but de l’intention d’un processus. Le but de notre vie, par exemple, n’est pas de mourir mais de vivre.

De façon à vivre nous devons équilibrer les ingrédients mentaux. Équilibrer la colère, l’attachement ou l’envie. D’un autre côté, quand nous réalisons que pour certaines personnes même la quantité la plus minime de certains ingrédients est déjà de trop, nous changeons le dosage.

Si il y a beaucoup de colère ou de passion, nous baissons le volume – et de même pour l’attachement, le mécontentement ou l’envie. Nous baissons lorsque nous constatons que pour notre corps ou notre famille, ou notre entourage, le dosage que nous utilisons est trop élevé. Ce qui est censé m’intéresser c’est mon corps, ma santé, ma famille – et non pas une caractéristique de mon propre esprit. Pour cette raison, j’ajuste le dosage jusqu’à ce que tout s’unisse à nouveau, que le processus se déroule à son rythme habituel, et que tout travaille à nouveau.

Question : Comment puis-je réduire la quantité de certain caractère de l’esprit ?

C’est très facile, c’est toujours la même chose. Nous le réduisons de la manière dont nous l’avons augmenté. Cela veut dire en ayant conscience du mental, en confiant cette conscience à la mémoire, en nous confessant notre conscience à nous-mêmes, en le sachant, en s’en souvenant et en se le remémorant. C’est la correction consciente d’un processus défectueux – qu’il s’agisse d’un corps, d’une famille, ou d’une société. Les causes qui empêchent que le processus se réhabilite sont identifiées et éliminées.

Le chapitre de l’Ayurveda qui traite de comment notre comportement devient une cause de désordre pour tel ou tel système est appelé VIHAR. C’est le tout début. L’Ayurveda décrit comment une personne devrait maintenir un régime de comportement du matin au soir, comment se comporter envers ses enfants, ses amis, ses voisins, soi-même. Tous ces points importants sont très bien développés dans l’Ayurveda.

Il y a beaucoup de concepts impliqués dans l’explication et le décodage de vihar. Mais nous n’avons pas la place de tous les passer en revue dans cette présentation rapide de l’Ayurveda.

Durant les 26 années que j’ai passées ici en Europe, j’ai découvert que les gens ici n’ont aucun problème. Ils ont assez de voitures, de vêtements et de nourriture. Chacun de nous à 10 fois plus que ce dont il a besoin. Quand nous ouvrons notre penderie pour y compter les cintres, il y en a 50 fois plus que ce que les gens possèdent en Afrique ou en Inde. Là-bas la plupart des gens possèdent une paire de sandales et la portent jusqu’à ce qu’il ne soit plus possible de la réparer, mais ici nous avons différentes paires de chaussures pour différentes occasions, et différents vêtements pour les assortir. Il y a beaucoup de richesses ici – ce n’est pas le problème. Ce qui pose problème à cette société, cependant, c’est le comportement. Lorsque pour la première fois on m’a dit combien il y avait de couples divorcés ici, j’ai été choqué. J’étais incapable de comprendre pourquoi. Ces divorces n’étaient pas causés par des problèmes de vêtements, de nourriture ou de maison. Ils l’étaient par une dose trop extrême d’envie, de passion et d’égoïsme. Par un attachement extrême, trop d’ego, trop de « moi, je » et de « mien ». Cette dose de ces qualités sépare les familles. Il n’y a aucune générosité, aucune gratitude, aucun respect ni aucune tolérance.

Évidemment deux personnes ne peuvent vivre ensemble dans le même appartement dans ces conditions. Voilà ce dont manquent les gens dans la culture occidentale. Les gens tiennent les comptes de leur générosité. Si je te donne quelque chose, que me donneras-tu en retour ? Et si tu ne me donnes rien, alors je pense que tu es un sale type et ne je veux plus rien avoir à faire avec toi. Cela s’appelle « je suis celui qui donne », et je tiens les comptes de combien j’ai donné et qui m’a donné en retour. Et non seulement cela mais si j’ai un enfant, et si j’ai passé 17 ans 40 jours et 39 heures à en prendre soin, alors il doit maintenant prendre soin de moi.

Nous comptons d’un côté l’argent que nous avons investi dans cette fausse générosité et de l’autre les cadeaux que nous attendons en retour, cadeaux que nul ne nous donne jamais. Nous tenons des comptes précis.

Les gens en Europe ne sont pas malades pour des causes matérielles. Ils sont malades pour des raisons psychologiques. La culture développée de l’Europe est affamée, et sa malnutrition est la façon dont les gens se conduisent.

La colère, l’attachement, le désir et l’égoïsme prédominent grandement en Europe. Les gens sont très pauvres ici dès qu’il s’agit de compassion, de gratitude, de respect et de tolérance. De telles personnes font des pays terriblement pauvres. Leur culture est pauvre.

Ces personnes sont riches de vêtements et d’argent. Voilà leur santé. Leur comportement cependant les rend malades.

J’ai fréquemment rencontré des personnes qui disent souffrir de maux variés. C’est terrible de découvrir que ces maux ont tous la même cause – leur propre comportement.

Les gens n’inventent pas leur propre comportement, c’est la société qui le fait. Vos amis, vos grand-parents, vos parents – tous vous enseignent la même chose : « Sois égoïste, ne tolère rien, sois envieux, avide de plaisir et avare ! »

De quelque côté que l’on se tourne, voilà les conseils que l’on reçoit. Ni votre famille, ni vos amis, ni l’école ne vous enseigne rien d’autre. Tout le monde doit être avare, avide de plaisirs, riche et vivre dans un palace avec des coffre-forts bien remplis. Naturellement cela veut dire que le chemin de la compassion, du bonheur, de l’amour est tellement envahi de mauvaises herbes qu’il en est devenu impraticable. Il est périmé et nous ne l’utilisons plus. Notre esprit est sous pression, comme du café qu’on aurait salé.

L’intellect européen est très développé, intelligent, et même réfléchi. Cependant les Européens n’ont pas la moindre idée de l’importance du comportement. Pour cette raison il serait bon que cette culture européenne développée incluse un chapitre de cette connaissance et de ces raisonnements dans l’éducation des enfants. Si les Européens savaient comment se comporter, ils seraient presque immortels, car rien d’autre ne leur manque. Ils ont donné l’exemple aux dieux de ce point de vue. La seule chose déficiente c’est le comportement.

Je pense que les personnes qui ont commencé l’Ayurveda, tôt ou tard, après avoir appris, écouté et lu, corrigeront certainement leur comportement et profiteront de la prospérité et du succès, dans leur corps, leur santé et leur vie.

Nous ne manquons de rien. Ce qui manque c’est la gratitude, le respect et la tolérance. Ce n’est pas beaucoup. Notre générosité ne devrait jamais tomber à zéro. Après tout, lorsque le réservoir est vide, la voiture ne peut même pas démarrer.

Le propos de l’Ayurveda ne concerne pas les plantes, les massages ou les médicaments. Il concerne le fonctionnement entier du processus de la vie. Que doit-on apporter pour que la vie humaine puisse fonctionner ?

Parfois il est nécessaire de corriger quelque chose au niveau matériel. Lorsque notre peau s’assèche en automne, le corps doit être massé. Lorsque nous avons faim, nous devons manger. Lorsque nous sommes fatigués, nous devons nous allonger. Tout cela est un sujet d’étude. Lorsque nous souffrons de constipation, nous avons besoin d’un lavement. Quand notre poitrine est congestionnée, nous devons déclencher le vomissement. Quand notre estomac ne travaille pas, nous devons nettoyer le système digestif. Nous avons besoin de consommer des plantes, des médicaments et de corriger la partie matérielle du corps. Tout ce que vous avez à faire c’est l’ajuster une fois et il durera des siècles.

Cependant si vous ne changez pas votre comportement, les sources de votre souffrance seront constamment alimentées. C’est comme essayer d’éponger le sol tandis que l’eau jaillit d’un tuyau percé. Nous pouvons éponger autant que nous voulons, cela ne résoudra rien. L’eau continuera de se déverser par le tuyau. Cependant, si nous comprenons la situation, si nous sommes plombier, alors nous comprendrons comment arrêter la fuite d’eau et bientôt il n’y aura plus besoin d’éponger. Quand nous reviendrons le lendemain, tout sera sec.

La source de la perturbation du processus de la santé, cette source qui est dans notre comportement, doit être tarie. La raison doit s’appliquer. Il est nécessaire de corriger les perturbations matérielles dans le corps, mais cela ne veut absolument pas dire que tout le problème sera résolu. L’Ayurveda est dédié aux processus, et ce processus est gouverné par l’intention de notre conscience et de notre esprit. Le plan matériel n’est que l’expression des caractéristiques de l’esprit.

L’Ayurveda vous enseignera les maladies, les cures, les massages et les procédures – tout cela en fait partie, mais ne concerne que le niveau matériel. Le niveau causal est dans nos croyances, nos expériences, nos intentions et notre esprit.

Question : J’ai voyagé en Afrique un certain temps et j’ai rencontré la grande pauvreté dans le monde, alors j’ai un problème avec la société dont nous parlons ici. C’est presque un obstacle pour moi, car je ne la tolère pas bien. Les gens qui ont absolument tout ce dont ils ont besoin et qui n’ont jamais rien connu d’autre, n’ont ni gratitude ni humilité. Ils ne savent pas évaluer les choses. Je suis content que cela ne soit pas que mon sentiment, que je ne sois pas le seul à penser cela, mais en fait c’est comme ça.

L’humilité n’est pas qu’un mot. C’est comme la carte d’identité d’une personne, qui vous indique où vit cette personne maintenant et où elle est née. C’est un rapport complet et que nous indique-t-il ? S’il s’agit d’une personne pleine de gratitude ou d’avidité, de respect ou de passion. L’humilité est la clé du succès pour l’être humain. Le succès dans l’accomplissement de la réalisation. Le succès ne consiste pas à faire de l’argent.

En Ayurveda nous appelons cela vinay. Une personne peut vraiment ne montrer de l’humilité que lorsque le mental est mis de côté. Cela veut dire que le « je » n’existe plus – seulement le bien-aimé « tu » existe, seulement toutes les autres créatures. « Je » ne suis plus présent.

Dans toutes les cultures il est d’usage de saluer les autres. Notre première rencontre commence avec humilité. Nous disons : « Bonjour », ou quelque autre salutation. Les Musulmans disent « As salaam Alaikum » (Que la paix soit sur toi) et la réponse « Wa Alaikum Salaam » (Et la paix sur toi).

La culture védique utilise la formule de salutation, namaste. Le mot nam signifie être sur la Terre, et aste signifie être ici devant toi – en d’autres mots, seulement toi tu existes, moi je n’existe plus.

Lorsque des personnes se saluent ainsi, ils ne poursuivent pas en demandant quelque chose l’un à l’autre. C’est plutôt à celui des deux qui pensera aux besoins de l’autre personne et y répondra. Même si nous ne sommes pas capables de répondre aux besoins l’un de l’autre en totalité, nous nous sentirons toujours empli de gratitude l’un pour l’autre, et humble l’un en face de l’autre. Lorsque des personnes agissent de cette manière, leur relation dure, et il y a un désir que cette relation survive, même lors d’une vie ultérieure. C’est le respect et la tolérance. Seulement toi tu es là, moi je ne suis plus là. C’est une expérience irrésistible, qui nous submerge tout entier, à laquelle il est très difficile de parvenir.

Dans certaines cultures de telles pratiques sont encore en vie jusqu’à aujourd’hui, bien que le vent occidental souffle partout dans le monde.

Cette idée concerne la satisfaction de mes désirs personnels. C’est là la racine. Les gens s’incitent les uns les autres à « donner ce qu’ils possèdent », à considérer que l’argent est la même chose que l’amour. C’est ainsi que sont nos familles, nos amis, et nos relations. Les gens ne s’encouragent pas les uns les autres à donner à autrui ce dont il a besoin.

Le jour de notre naissance nous n’avions alors même pas de nom. Qu’est-ce que nous étions alors ? Qu’avons-nous apporté avec nous en arrivant sur la Terre ? Nous naissons nus et nous mourrons nus également. Pour quelle chose nous faisons-nous tant de souci – nos appartements, nos voitures, nos maisons ? Combien de relations « amicales » nous voient encourager les autres à faire ce qu’il faut, même à aller jusqu’au tribunal, pour obtenir leur dû ? Voilà le genre de conseils et d’avis que nous donnons aujourd’hui. Voilà notre connaissance. C’est triste.

Personne ne parle d’humilité. C’est quelque chose qui nous arrive une fois que nous nous connaissons nous-mêmes. Quand nous reconnaissons ce qu’est la vie, c’est-à-dire ce qu’est l’esprit, ce qu’est l’âme, ce que sont nos propres samskars. Si je ne peux reconnaître les miens, comment pourrais-je reconnaître ceux des autres ?

Si je reconnais mon propre égoïsme, alors je vois celui des autres. Les criminels peuvent se reconnaître les uns les autres de très loin – ce qui explique pourquoi ils peuvent devenir aussi d’excellents policiers. Ils ont acquis de l’expérience.

Alors d’abord ce qui est important c’est de connaître notre propre comportement. Alors nous avons l’occasion de regarder autour de nous et de nous manifester. Les gens se manifestent uniquement par leurs expériences. C’est un entraînement personnel nécessaire. D’abord on a besoin de comprendre la théorie et ensuite graduellement on la vit et on la pratique. Plus on se rapproche de la réalisation, plus on est soi-même.

L’humilité, donc, n’est pas qu’un mot. Il s’agit de la pratique de nos propres émotions. Nous sommes entourés de toute une société et nous pouvons voir tout cela immédiatement. Nous disons fréquemment des mensonges par exemple. Nous ne disons pas la vérité. Tout ce que nous disons est motivé par une intention. Nous disons des choses gentilles aux gens lorsque nous voulons qu’ils restent près de nous. Mais nous devons distinguer quelle intention sous-tend ce discours – est-elle liée au plaisir, ou à l’égoïsme, etc. ? Nous pouvons voir les intentions des gens dans tout ce qu’ils font. C’est l’esprit qui voit cela, non les yeux. Donc notre intention principale doit devenir de voir uniquement avec l’esprit.

Ceux qui croient que les regards, les gestes et les mots des autres doivent être pris à la lettre, n’ont aucune idée de ce qu’est l’intention. L’esprit comprend cela. Nous ne pouvons pas voir l’esprit d’une autre personne, celui-ci est invisible. Tout ce que nous pouvons connaître ce sont les actions, les gestes et les paroles des autres. C’est alors que nous identifions leurs intentions. Avant cela, nous ne pouvons les connaître. Un praticien ayurvédique voit les intentions, pourtant, et il est important de les voir.

Quelle que soit la manière dont nous nous exprimons, nous ne disons pas quelle est notre réelle intention. Nous la déformons en quelque sorte. Nous complimentons les autres quand nous voulons les retenir. Et si nous ne voulons pas d’eux, nous les insultons. Certaines choses nous les disons, d’autres nous les montrons. 24 heures sur 24, nous agissons faussement, suivant nos intentions, qui ne sont jamais directes, et nous sommes sans cesse manipulés par elles.

Lorsque nous utilisons buddhi, l’intellect, alors nous sourions simplement, car nous voyons tout des intentions. Nous sommes comme la mère d’un petit enfant qui sait que même si elle lui interdit de manger le bonbon, il a déjà été mangé. L’enfant l’a pris, l’a mangé et prétend qu’il n’a rien fait de cela alors que le bonbon est encore sur sa langue. Il croit que s’il ferme la bouche, sa mère ne le verra pas. Les gens croient qu’ils ont tout caché. Ils n’ont aucune idée de ce qu’est l’intellect, et qu’on ne peut rien lui cacher.

L’Ayurveda est l’intellect. C’est le domaine de l’intellect, le domaine du raisonnement, et rien ne peut lui être caché. Nous pouvons croire tout ce que nous voulons, mais on ne peut rien cacher à la raison. Nous sommes comme des enfants faisant ce que bon leur semble sous les yeux de leur mère, et la mère sait tout. L’enfant peut croire ce qu’il veut, mais la mère connaît la réalité – elle connaît l’intention qui conduit l’enfant.

C’est aussi ce qui se passe dans la société. Tout est révélé à l’intellect. Notre conscience, notre esprit, l’espace, le temps – tout est dévoilé. C’est la compétence que nous avons et nous pouvons l’utiliser. L’axe du temps est unique, rarement deux choses surviennent en même temps. Nous sommes des êtres soit rationnels, soit oublieux et distrait. Les deux ne peuvent être vrais au même moment. Nous préférons tous profiter de l’état de distraction de l’esprit. Nous l’essayons pour un moment, car notre intellect est fade, inodore et sans goût quand nous en faisons l’expérience. Notre mental est plein de saveurs, ce qui fait que nous le découvrons facilement. Tandis que notre raison, n’a ni saveur, ni parfum, et ne peut être découverte. La raison n’est révélée que par la raison, tandis que le mental est facilement découvert.

Au moment où vous vous consacrez à l’étude de l’Ayurveda, de la philosophie et du yoga, vous ne pourrez faire l’économie des termes sanskrits. Une lettre sanskrite peut représenter tout un mot, et un mot a plusieurs significations. Il n’est pas facile de le traduire. Pour comprendre la portée du véritable Ayurveda et du yoga, nous devons connaître le contenu de ces mots. Tout ce qu’il y a c’est un mot, mais nous connaissons déjà tout le processus qui lui est sous-jacent.

Dans ce bref tour d’horizon sur l’Ayurveda nous avons vu un peu d’histoire et aussi comment l’Ayurveda considère toute existence comme un processus. Chaque processus est conduit par une intention, d’après laquelle des ingrédients sont sélectionnés. Lorsqu’ils sont mis en action, ils montreront leurs caractéristiques – c’est la manifestation du processus.

Par exemple, si nous cuisinons des flocons d’avoine, c’est parce qu’il y a une intention de le faire, et celle-ci m’indique les caractéristiques des ingrédients à choisir – qu’est-ce qui lui donnera la bonne consistance (sec ou gras, épais ou fin), l’intensité et la durée de la chaleur utilisée pour cuire, le salé ou le sucré. Toutes ces caractéristiques nécessaires sont appelées gunas, et doivent convenir au but fixé – nous ne mettons pas la farine d’avoine au frigo si nous souhaitons la cuire. Quelque soit le matériau qui manifeste ses caractéristiques, ses gunas c’est parce qu’il y a une intention de les faire se manifester.

Nos intentions sont temporelles et temporaires. Que nous ayons une cuisine et quelqu’un qui veut un petit-déjeuner, ne signifie pas que les flocons d’avoine vont apparaître par magie. L’intention qui conduit leur création est temporaire – elle n’apparaît qu’à certains moments, et ne dure qu’un certain temps. C’est la même chose pour tous les processus – que ce soit la joie, ou le chagrin, ou la vie même.

Prenez par exemple l’utilisation des toilettes. Lorsque les toilettes ont l’air propre et sentent bon nous les apprécions, et quand elles sont sales et sentent mauvais, nous les trouvons repoussantes. Qu’est-ce qui nous apporte ce sentiment de contentement ? Est-ce en fait la propreté, le parfum, la sorte de papier toilette ? Cela créé le contentement, mais le contentement en lui-même existe à un autre niveau. Les choses matérielles sont seulement la manifestation des gunas, et ils indiquent quel processus se déroule par en-dessous. Les mouches, les moustiques et les mites ne sont pas les bienvenus dans les toilettes – ils indiquent qu’un processus sous-jacent est en cours et qui n’est pas approprié. Dehors dans le jardin, cependant, sur le tas de compost, ces insectes sont appropriés – ils indiquent que les déchets organiques se décomposent rapidement.

Donc les gunas sont soit appropriés, soit inappropriés à nos objectifs. Nous détestons certains d’entre eux et en apprécions d’autres. Tous les rôles que nous jouons sont aussi composés de gunas. Être un conducteur, un parent, un enseignant – chaque rôle est une combinaison de qualités, et si nous choisissons celles qui conviennent aux objectifs du rôle, alors nous exécuterons très bien celui-ci.

Les gunas sont invisibles. Le niveau matériel est visible. Nous voyons l’eau, nous ne voyons pas l’humide. L’humide est ce que nous inférons. Nous pouvons voir le rocher, mais nous n’avons aucune idée de son poids réel, simplement en le regardant, nous devons le deviner. Nous avons cette faculté de calculer mentalement, en percevant les objets et leurs caractéristiques. Nous faisons appel à notre mémoire, nous nous rappelons nos expériences et ensuite nous estimons les caractéristiques auxquelles nous avons à faire.

La partie de l’esprit qui évalue les choses, nécessite l’expérience des objets de sa réflexion, elle nécessite leur présence et elle nécessite notre mémoire des expériences passées. Grâce à cela nous savons que l’eau est humide, que le feu est chaud, que les rochers sont lourds, et que les gens nous trompent ou bien se montrent généreux. Nos expériences passées constituent un fond de connaissance, de réalisations.

Comment créons-nous un tel fond ? Au travers de nos actions. Nous acquérons l’expérience de nos agissements. L’expérience est l’essence de l’action.

Par exemple une femme peut travailler comme vendeuse dans un magasin pendant 20 ans. Elle a 20 ans d’expériences dans son esprit. Lorsqu’elle a l’occasion de parler de vente, elle sait ce que sont les occasions. De A à Z, ses vingt années d’expériences révèlent tout du processus de la vente.

Une personne qui de toute sa vie ne s’est jamais tenue derrière une caisse ni jamais fait l’expérience de vendre quelque chose, n’a pas cette connaissance. En face du défi d’avoir à vendre quelque chose, cette personne ne sait évidemment pas comment s’y prendre. Le client voit tout de suite que cette personne n’a aucune expérience de la vente – elle ne s’y retrouve pas. Les gens réagissent d’après leurs expériences.

Quel défi devons-nous relever dans la vie ? Créer de la connaissance grâce aux expériences qui ont la propriété de révéler universellement le processus sous-jacent en toute situation. Une personne au cours d’une vie ne peut faire l’expérience de toutes les actions possibles sur cette terre. Vous pouvez voler jusqu’à l’autre bout du monde sans jamais savoir à quoi cela ressemble de l’intérieur de la cabine de pilotage. Vous ne savez pas piloter un avion – et inversement le pilote n’a jamais eu vos expériences.

La connaissance a ses propres caractéristiques et cela implique une capacité extraordinaire. Nous sommes capables de générer des expériences à partir d’elle, sur demande. Chacun ne peut pas faire toutes les expériences. Mais la connaissance peut induire l’expérience. C’est sa caractéristique.

Pour cette raison, même lorsque nous faisons quelque chose pour la première fois de notre vie, cela ne pose pas de problème si nous avons de la connaissance. Nous sommes capables d’agir comme si nous étions expérimentés car nous avons la connaissance.

Cette connaissance est appelée conscience, réalisation ou gyan. Nous réalisons le secret du fonctionnement des choses, le secret des processus. Nous réalisons le secret de l’existence. Ainsi, grâce à une telle compétence nous réfléchissons et savons immédiatement, comme si ce que nous nous apprêtons à faire, nous le faisions tous les jours.

Nous mangeons des flocons d’avoine et automatiquement cela veut dire que tôt ou tard nous allons rejeter des déchets. Chaque être humain fonctionne de cette façon. Vous mangez un plat qui a l’air appétissant et ensuite vous éliminez les déchets. Avec le temps la nourriture est digérée et il reste les selles, qui ne sont plus appétissantes du tout. Dans ce domaine notre conscience et notre connaissance sont suffisantes pour nos besoins quotidiens. Nous savons que nous mangeons une nourriture à l’odeur appétissante et que les selles sentent mauvais. Cependant comment cette transformation s’opère-t-elle ? Que doit-il se passer pour que ce processus se produise ? Nos sages ancêtres, qui reçurent cette connaissance décrivirent tout le système digestif de l’homme sans avoir jamais pratiqué aucune autopsie. Ils voyaient une plante, observaient son comportement, et connaissaient ses caractéristiques, ce que cela ferait dans notre estomac, ce que cela ferait dans nos vaisseaux, notre foie, notre colon. À l’époque ils savaient ce que cela voulait dire de connaître quelque chose. C’est cela la vraie connaissance.

En Ayurveda nous comprenons que l’expérience, l’information et la connaissance sont de cette qualité. La connaissance vient de l’expérience, mais connaître ne nécessite pas un entrepôt d’expériences, d’informations et de connaissance. Comment est-il possible de savoir sans avoir une expérience personnelle préalable ? On connaît les principes d’après lesquels l’univers opère.

Si vous êtes tailleur, vous savez ce qu’est un vêtement, une machine à coudre et des ciseaux, et vous pouvez coudre avec tout ce qui vous tombe sous la main. Vous n’avez pas besoin, lorsque vous êtes tailleur, d’avoir aucune expérience de ce que vous êtes sur le point de faire. Tout ce dont vous avez besoin c’est d’un patron, de tissus et des vêtements seront bientôt prêts. Lorsque vous êtes un styliste créateur de vêtements, vous connaissez les secrets de la couture et vous les utilisez pour fabriquer de nouvelles créations. Gyan ne nécessite aucune expérience. Comment pouvons-nous être inexpérimenté et pourtant savoir comment réaliser quelque chose ou comment quelque chose fonctionne ? C’est une sorte de savoir-faire en matière de reconnaissance des processus, et aujourd’hui cela s’appelle yog. Ce sujet autrefois a été travaillé très en détail par nombre de sages. Ils parvinrent à la conclusion que rien n’existe réellement.

C’est une conclusion mystérieuse que celle-ci. C’est incompréhensible. Comment est-il possible que rien n’existe réellement ? J’existe et tout autour de moi existe n’est-ce pas ? Comment peut-on prétendre le contraire ? Ils devaient être fous.

Après tout, nous voyons le tapis, nous voyons qu’il existe. Nous pouvons même le saisir et le déplacer. Et ces gens insensés nous disent que ce n’est pas du tout un tapis, que ce que nous voyons en fait est un paquet de fils de coton et non un tapis. Le tapis n’existe pas – le paquet de fils existe. Alors nous disons d’accord, les fils existent. Alors ces gens insensés disent non, en fait, les fils n’existent pas. Chaque fil est fait de fibres de coton. Nous les traitons de fous – les fils n’existent pas mais les fibres existent ? Alors ils nous disent que même les fibres n’existent pas, elles sont constituées d’hydrate de carbone. Alors ces gens insensés disent que les hydrates de carbone n’existent pas non plus, que ce n’est qu’une combinaison de nombreux atomes. En physique nucléaire quelqu’un dira : l’atome existe. Mais ces gens insensés disent non, il n’existe pas, il est simplement constitué de protons, de neutrons et d’électrons. Direz-vous que l’électron existe ? Il n’existe pas. Il est seulement un tas d’une multitude de cordes, et qui n’existent pas non plus. Qu’est-ce donc qui existe réellement ?

La conception moderne est que la table périodique présente des atomes, qui sont juste des protons, des neutrons et des électrons, et leurs combinaisons variées créent les matériaux, et ces matériaux constituent le monde.

Autrefois on disait que l’unité la plus minuscule qui constitue l’univers, est BRAHMA. Tandis que l’univers apparaît divers, alors qu’il y a ici de très nombreux matériaux différents, en réalité il n’est qu’une chose. Tout est Brahma, le plus subtil, et tout ce qui existe est simplement une combinaison de Brahma – les lunettes, le sel, tout. Les combinaisons forment des ingrédients qui s’associent et, par conséquent, ont différentes apparences.

Pour cette conscience, pour cette connaissance, l’ingrédient le plus subtil est appelé Brahma, de qui absolument tout le reste est créé. Si une personne sait que tout ce qui existe est seulement un amalgame, alors cette personne n’a aucun problème avec aucune combinaison. Le styliste connaît le cœur de ce que c’est que de concevoir, il sait comment reconnaître les tissus dans lesquels les vêtements seront cousus. De la même manière, les sages qui nous ont précédés décrivirent l’univers matériel. Il y a seulement un univers matériel, il n’y en a pas d’autre ailleurs, et tout n’est que des mélanges variés. Comment sont-ils créés, et comment de celui-ci, absolument tout le reste est-il produit ?

Disons que quelqu’un veut ouvrir une pâtisserie. Cette personne invite ses amis et annonce qu’elle veut ouvrir une boutique, et elle leur demande de distribuer dans le voisinage des publicités annonçant son ouverture. Elle loue un local, elle décore la vitrine, elle y pose des plateaux de pâtisseries, elle prépare tout, et elle achète beaucoup de beurre, de farine, de lait et de sucre. Elle transforme le lait en crème au beurre, en fromage ou en crème fouettée. Elle cuisine le sucre pour faire du caramel dur, du sirop épais, du sirop fluide, elle les associe et produit 20 sortes de pâtisseries différentes.

Quelqu’un entre et voit les 20 sortes de pâtisseries, il appelle un ami pour dire qu’il y a une pâtisserie sur la place où on peut trouver 20 sortes de gâteaux. À ce moment-là ils existent, et chacun d’eux a un goût différent, mais ils sont tous faits à partir des mêmes ingrédients. Chaque gâteau a un aspect différent bien que les ingrédients soient les mêmes. Pourquoi ?

Le chef pâtissier a fait 20 sortes différentes pour que les clients reviennent dans sa boutique tous les jours. Si le pâtissier ne faisait que la même petite bouchée de beurre, de farine, de lait et de sucre pour le vendre tous les jours, les gens ne reviendraient pas souvent. Ainsi le lundi les pâtisseries sont différentes de celles du mardi ou du mercredi. L’intention de ce chef pâtissier de contenter tout le monde a été manifestée.

À chaque manifestation d’une intention, des matériaux sont nécessaires. L’intention est ce qui soutient le processus. Disons que quelqu’un décide de participer à la course organisée tout autour de l’aéroport. C’est une intention simple, mais elle est difficile à mettre en œuvre. Le coureur a besoin de temps libre, de chaussures, et très souvent du soutien d’autres personnes pour lui fournir un numéro de course, et de l’eau tout au long du parcours. Voilà comment se déroule la course autour de l’aéroport.

D’un seul élément nous avons toute cette intention. Quand cette intention se calme cependant, quand tout est calme et tranquille, et que l’intention ne soutient plus le processus, alors soudain tout ce matériel, tout Brahma, reste immobile et plus rien ne se transforme.

Voici un exemple : quelqu’un achète dix bouteilles de lait avec l’intention de cuisiner du porridge. Ensuite son intention s’arrête là. Le lait reste du lait, l’avoine reste de l’avoine, la casserole vide reste une casserole vide, la cuisinière reste froide et rien ne change. Qu’est-ce qui produit constamment les choses ? C’est l’intention.

C’est l’esprit qui veut constamment quelque chose. Et quand il veut, il se saisit de la matière pour manifester son intention. En maîtrisant l’esprit, en connaissant l’esprit, c’est la totalité du processus qui peut être appréhendée. Cette connaissance est gyan. Elle comprend tous les facteurs causaux. Et de chaque cause éclaircie, procède une conséquence claire bien sûr.

Lorsque une mère regarde son bébé et voit que, bien qu’il ne sache pas encore se tenir debout, il a réussi à marcher à quatre pattes jusqu’au balcon qui n’a pas de garde-corps, alors immédiatement la mère comprend ce qui s’est passé et ce qui va se passer – un petit oiseau s’est posé sur le balcon et l’enfant voulait l’attraper et lorsque l’oiseau s’est envolé, l’enfant voulait continuer de le suivre. S’il agit selon cette intention, il tombera du balcon. La mère n’a besoin d’aucune information à ce sujet – tout ce dont elle a besoin est d’être consciente que cela peut se produire même si l’accident n’est pas encore arrivé.

De la même façon, aucun d’entre nous, à cet instant, n’a encore fait l’expérience de mourir. Cependant, nous savons beaucoup de choses là-dessus. Nous n’avons pas d’expérience réelle de la mort – nous ne sommes encore jamais mort, nous n’avons pas laissé notre corps et ne l’avons pas vu être incinéré au crématorium. Cependant, nous savons tout de cela, et nous savons que nous ne voulons pas mourir. Comment pouvons-nous savoir cela sans en avoir l’expérience ?

C’est la connaissance, gyan. Cependant c’est une sorte de gyan qui révèle absolument tout. Lorsque nous avons cela, lorsque nous savons comment penser, alors nous savons comment fonctionne l’esprit, comment les facteurs causaux fonctionnent. Lorsque nous ne réfléchissons pas, alors nous ne connaissons pas comment cela fonctionne – nous agissons comme des robots, sans gyan. Un être humain à ce stade, n’est qu’un esclave, comme un chien qui attend le signal, l’ordre de son maître. Les êtres humains ont aussi ce genre d’esprit. Il n’y a pas de différence entre les chiens et les gens à cet égard. Ils sont tous les esclaves de leurs expériences. Ils n’ont pas de connaissance. Ils ne savent pas reconnaître ce que nous sommes réellement.

L’Ayurveda n’est pas le produit d’expérimentations. La science moderne l’est. Et dans les temps actuels tout cela est reconnu, tout cela que nous considérons comme de la connaissance, est basé sur l’expérience, l’expérimentation. L’Ayurveda est basé sur la connaissance, gyan.

C’est l’origine de l’Ayurveda. La connaissance nous enseigne que chaque être, et particulièrement chaque être humain, est une chaîne infinie de création de soi. Les trois composants de cette chaîne sont nos actions, notre esprit et notre parole. Notre esprit nécessite la mise en œuvre de notre intention.

Et c’est selon nos intentions que nous utilisons notre corps selon le but vers lequel les intentions nous conduisent. Et de telles actions nous apportent une essence qui devient notre expérience et à nouveau cela nous conduit à d’autres actions, à nouveau tout le corps est employé, dans un nouveau moment, un nouvel espace.

Qu’est-ce que cela veut dire de profiter d’être quelque part ? Ce dont nous jouissons c’est de nos actions, de l’expérience d’être là. Nous développons notre appétit d’actions, ce qui crée plus d’actions. Nous voyons nos amis et nous leur disons que nous n’aimons pas l’endroit où nous nous trouvons. Qu’est-ce que nous disons alors ? Nous discutons notre intention et au fil du temps, il doit arriver que nous la réalisions. Nous allons au magasin acheter ceci ou cela, pourquoi ? Nous achetons ce qui est nécessaire pour nos projets. Nous vivons pour nos projets, dans le futur, car dans nos samskaras, nos expériences, notre futur est planifié.

Peut être que mon intention est de prendre son argent à quelqu’un. Pourquoi ? Je peux constater que cette personne en a beaucoup et j’en veux. Je lui dis que je peux garder son portefeuille si elle ne veut pas le porter tout le temps ! J’agis selon mes intentions, j’engage tout mon corps pour cela, toute ma physiologie.

Alors les actions, l’esprit et la parole sont une sorte de tourbillon dans lequel les êtres humains sont pris tout au long de leur vie, à chaque moment de chaque jour. De quoi parlons-nous tous ? De ce que fait le corps, de ce que fait le système digestif, de nos expériences – et tout cela est simplement pour accomplir notre intention.

C’est la conscience. Les êtres humains sont des animaux, des esclaves. Nos yeux sont fermés, mais la machinerie mentale nous pousse constamment en avant. Nous sommes les esclaves de ces trois liens de la chaîne : l’action, l’esprit et la parole. Cela n’a pas d’importance que vous voyiez un militaire, un fonctionnaire ou un entrepreneur. Tous les êtres sans exception se comportent comme cela, ils sont tous les esclaves de leurs pensées et de leurs discours. Les gens se différencient les uns les autres par leurs pensées et leurs paroles. Nous mangeons tous la même nourriture, mais de façon différente. Chacun de nous digère différemment, chacun de nous a un esprit différent, et à cause de cela chacun de nous parle différemment et semble différent des autres. Notre diversité, que la médecine moderne appelle la génétique, est comprise en Ayurveda comme résultant des intentions différentes qui nous conduisent dans la vie, des actions, des pensées et des paroles différentes. Quand l’esprit et les paroles sont honnêtes, alors les actions le sont aussi. Lorsque l’esprit est plein de tromperies, de désir de voler, de désir de se pousser plus haut, alors les paroles et les actions seront aussi de cette sorte. Les actions et les paroles sont à 100% les indicateurs de l’état d’esprit de la personne.

Disons que vous préparez quelque chose à manger, vous l’emballez et vous l’emportez comme pique-nique. Vous allez travailler et ensuite vous vous préparez à le manger durant votre pause. Vous cherchez votre sac et à ce moment-là une souris se précipite sur la table et regarde votre repas. Vous vous dites : « La souris n’a personne pour lui faire la cuisine ! » La souris est coincée dans cet immeuble en béton et aucune graine ne pousse ici. Alors vous donnez la moitié de votre en-cas à la souris.

Une autre souris arrive et vous lui donnez l’autre moitié de votre repas, immédiatement. Votre collègue vous voit faire : vous vous êtes préparé un repas et vous l’avez donné aux souris. Votre collègue aussi a un repas et elle aussi elle voit les souris, mais elle ne partage rien avec elles. Elle attrape la souris par la queue et la jette dehors. Elle est une personne qui a la main leste, dont les yeux sont rouges et dont les paroles sont méchantes et haineuses. Ses actions sont tout à fait en accord avec ce qui est dans sa tête, son état d’esprit.

L’esprit est formé par les samskaras. Notre colère d’aujourd’hui forme ce que sera notre lendemain. La collègue qui donné un coup à la souris apportera ensuite de la mort aux rats et en mettra partout. Le jour suivant ses pas la conduiront à la droguerie pour acheter d’autres poisons chimiques. Le jour d’après elle portera un masque sur le nez et des gants et elle fera tout le tour pour ramasser toutes les souris mortes. Le jour suivant ressemblera au précédent et ainsi tout le restant de sa vie. Et en ce qui concerne la personne qui a partagé son repas avec les souris et qui est rentrée se reposer simplement ? Une souris pourrait venir dormir sous sa couverture, cela ne lui poserait pas de problème.

Aujourd’hui les gens vivent d’après ce qui est dans leur tête, cela dicte leurs actions – pas seulement les leurs propres mais ce qu’ils font avec leur entourage. Une personne moderne vit à travers les discussions, internet, les magazines. Tout cela créé les samskaras. Cela créé les empreintes sur l’esprit, cela le guide et lui indique où aller et quoi faire.

Nos actions, nos pensées, nos mots : ces trois choses sont à la fois un outil de diagnostic et une cure. Nous diagnostiquons les maladies humaines et les soignons en enlevant les erreurs dans le mental. Nous produisons un nouveau samskara. Ce nouveau samskara que nous employons est la prise de conscience, la compréhension, la connaissance et la réalisation. Si cette prise de conscience ne prend pas racine dans l’esprit, alors simplement ça ne prend pas – après tout vous ne pouvez pas transformer un âne en cheval. Penser que cela pourrait changer un jour est seulement de l’égoïsme – je veux être satisfait, alors je crois que cela changera un jour. Il existe certaines occasions de changement – chaque action de l’âne est une occasion de changement – mais jamais il ne deviendra une girafe.

Nous devons connaître l’étendue de l’esprit, ce qui lui est impossible et aussi ce qui lui est possible. Nos actions, nos pensées et nos mots sont visibles de très loin. Ils indiquent ce qu’est réellement l’état de notre espace-temps. Lorsque quelqu’un reste silencieux, ses intentions sont alors visibles en couleur ! Vous les connaissez, vous pouvez le constater, et les gens peuvent parler de quelque manière qu’ils veulent et choisir les mots qu’ils veulent. Cependant, nous ne pouvons pas écarter la possibilité que parfois il y a plus qu’une seule intention. L’état de notre esprit est toujours apparent dans nos actions.

Il est faux de croire que nous ne pouvons pas voir cela, et si nous ne voulons pas le voir, à nouveau, c’est que notre intention est de ne pas le voir. La réalité est la combinaison de l’état de notre esprit avec l’espace et le temps dans lesquels nous sommes. Tout praticien ayurvédique est conscient de cela. Ce praticien reconnaît l’état d’esprit de son patient à partir de ses actions et de ses paroles. Ce sont eux les outils du diagnostic. Tout ce que je fais c’est de percevoir les actions d’une personne, sa façon de vivre, de bouger et l’intention est révélée et lorsque cela est fait les informations inexprimées, non-manifestées, non dites, sont révélées comme par exemple la façon dont le cœur bât, si la personne est constipée ou non, si sa peau est sèche… etc.

Le praticien ayurvédique découvre tout très facilement, en utilisant les instruments de base que sont les actions, l’état d’esprit, et les mots. Ces indicateurs sont comme un formulaire rempli sur la physiologie de la personne. La tendance contemporaine des examens médicaux veut qu’on utilise d’autres indicateurs – analyses de sang, scanner, radio, et on dépense des milliards de dollars pour cela. C’est le plus gros business de la planète.

La médecine ne peut pas découvrir l’intention de l’esprit avec de tels indicateurs. La médecine crée constamment l’impression fausse dans l’esprit des gens, que la santé est possible grâce aux médicaments chimiques, qu’ils nous apportent le bien-être, ce qui est une idée fausse et un gaspillage d’argent. L’escroquerie est une caractéristique de notre époque.

Pour le praticien ayurvédique c’est facile. Il n’a besoin d’aucun autre instrument que ses oreilles et ses yeux grands ouverts – et il sait tout. C’est une radiographie complète. En Ayurveda le diagnostic, le pronostic et le traitement sont faciles.

De plus l’Ayurveda est complet. Il prend en compte le noyau proprement immatériel derrière la constipation, le problème de peau, la tumeur. Eux sont les symptômes, mais l’Ayurveda prend tout en considération.

En Ayurveda on ne nomme pas les maladies selon leur localisation dans le corps. Leur nom se réfère aux causes, aux sources et c’est pourquoi nous ne pouvons pas établir une équivalence, une traduction mot à mot entre l’Ayurveda et la médecine actuelle. Donner des noms aux maladies est en soi une maladie. L’Ayurveda regarde les causes. Nous ne pouvons pas utiliser la même classification que la médecine moderne en Ayurveda, ni les mêmes médicaments, ni les mêmes procédures.

L’Ayurveda s’implique dans le cœur du processus et le rôle qu’y jouent les ingrédients. Les actions, les pensées et les mots – nous les utilisons pour collecter des expériences, pour créer notre esprit, nous vivons par eux, ils sont nos maladies, nos plaisirs et notre satisfaction.

Lorsque nous utilisons la conscience pour changer notre langage, nous changeons aussi nos actions et notre esprit, et nos actions et paroles futures seront automatiquement différentes. Nous parlons ici de façon abstraite et la réalité semble différente – l’intention y semble différente. Ceux qui nous entourent font constamment partie de nos intentions. Nous-mêmes ne faisons pas partie de notre intention du tout. Nos intentions, à 100%, ne concernent que les autres et ce, du matin jusqu’au soir. Le but de notre vie est tout entier tourné vers ce qui nous entoure. C’est de là que nous tirons joie et tristesse. Si vous regardez le début de ce livre vous verrez que je vous ai dit que nous ne pouvons éprouver de plaisir sans les autres. Ils doivent être là autour de nous pour que nous puissions être heureux ou malheureux.

Les actions, les pensées et les mots de notre entourage nous permettent de créer notre esprit et ses caractéristiques. Si votre enseignant vous dit par exemple, que le meilleur petit-déjeuner du monde c’est du pain beurré, alors immédiatement vous en avez envie et vous commencez d’en réclamer. Pourquoi ? Pourquoi tournez-vous les 10kg de cette tête qui est la vôtre vers la cuisine ? Pourquoi utilisez-vous toute votre expiration pour demander : « Eh ! Est-ce que vous avez du pain et du beurre ici ? »

Une seule phrase de votre enseignant met en branle votre esprit, vos actions, votre comportement et votre humeur. Et vous utilisez vos bras, vos jambes, votre bouche – absolument tout – pour trouver du pain et du beurre. Si votre enseignant n’avait rien dit, vous n’auriez jamais dépensé toute cette énergie pour cela. De cette manière, notre entourage nous incite constamment à agir, penser et parler. Nous sommes également partie prenante de l’environnement des autres, ceux avec lesquels nous sommes en contact. Je vois que Yana a faim et je vois que Dacha a fait du pain frais, alors je parle à Yana du pain pour qu’elle n’ait plus faim.

Mais voilà comment nous créons le monde autour de nous. Nous partageons nos peines et nos reproches avec les autres, et ensuite nous nous attendons à ce que quelqu’un nous dise combien nous sommes formidable. Personne ne nous dira une chose pareille, bien sûr, quand tout ce que nous avons fait c’est reprocher aux autres leur comportement, leur habillement de mauvais goût et leurs discours stupides. Malgré cela nous espérons et voulons des compliments, nous voulons entendre que nous sommes divins et fabuleux. Cependant, cela n’arrive pas !

Ce que nous donnons à notre entourage, nous le recevons en retour. Nous fournissons un certain environnement, certaines idées. Nous nous renvoyons la facture les uns aux autres, nous recevons une claque et donnons un coup de poing, nous coupons les liens avec les gens. C’est ainsi que nous créons nos collectivités, en disant aux autres combien ils sont horribles. Nous ne voyons tout simplement pas combien nous sommes atroces nous-mêmes. Cela, nous n’en tenons aucun compte. Nous ne voulons pas penser à ce que nous sommes ni à ce que nous faisons de mal. Les autres sont les méchants puisqu’ils ne veulent pas payer la facture ! Nous ne voyons même pas que c’est ainsi que nous agissons. Nous croyons que nous sommes de bonnes personnes, les gentils – les autres sont les méchants et nous le faisons savoir partout. Alors quelqu’un nous dit que nous sommes le plus grand des escrocs et des menteurs, que nous disons du mal des autres derrière leur dos, que nos intentions et nos positions négatives nous consument tout vifs, que nous sommes méchants et que c’est pour cela que ceux dont nous nous plaignons nous traitent comme ils le font. Nous prenons alors une vraie claque, et après cela nous ne regardons plus celui qui nous a frappé comme notre ami. Nous ne voulons pour ami que ceux qui sont de notre avis et qui disent comme nous que les autres sont mauvais.

C’est ainsi que l’on effectue nos actions, nos humeurs, nos mots. Nous créons ces mondes, mais tout en étant inconscient de notre contribution à ceux-ci. Cela, nous n’en avons aucune idée. Ce que les autres font pour nous est important à nos yeux. Tandis que ce que nous pouvons faire pour eux ne l’est pas.

Nous ne devons pas vivre ainsi. Un tel état d’esprit ne peut définitivement pas être sain, à aucun niveau – ni au niveau de l’intention, ni à celui de la connaissance, ni de la sagesse. Tout sera chaotique simplement à cause de cette façon de fonctionner avec l’espace et le temps.

Les gens disent que les choses sont difficiles ou impossibles. Ils disent qu’ils ne veulent pas faire ces choses ou qu’ils aimeraient les faire mais que c’est trop difficile. Quel genre de parole est-ce là ? Nous pouvons voir les intentions ici – Je veux faire autrement, peu importe ce que tu dis. Un tel esprit n’a aucune idée de ce qu’est la conscience.

L’esprit humain, sans équivoque, est conduit par les expériences de sa vie, et la vie est ce qui arrive dans la société, et la société est ce que nous donnons aux autres, créant ce que nous aimons tous ensemble – peu importe s’il s’agit d’une société de fieffés voleurs ou de personnes saintes et sages. Nous créons la société selon ce que nous sommes, et dans laquelle nous nous sentons chez nous. À chaque fois que nous voulons savoir quelque chose, alors nous trouvons le genre de société que nous souhaitons pour cette connaissance. C’est notre choix soit de courir autour de l’aéroport ou d’aller au cinéma. Nous avons la possibilité de choisir notre façon de vivre, de planter la conscience et la connaissance dans notre esprit. Cela guide nos actions et notre vie.

Nous sommes des animaux sociaux qui vivent les uns avec les autres. Ce n’est pas possible pour nous de vivre dans une caverne dans les montagnes avec les cerfs, les wapitis et les loups. Nous voulons vivre là où nous pouvons trouver un docteur, un coiffeur, des magasins où nous avons tout ce dont nous avons besoin – là où sont les autres humains.

Tout d’abord, à chaque fois que nous voulons quelque chose, le désir lui-même n’est pas essentiel. Mais ce que nous pouvons voir c’est la qualité du désir. La qualité du désir d’être avec les autres est que nous ne voulons pas être seul. Nous voulons une main secourable, l’assurance que si je tombe, quelqu’un me remettra sur pieds. Voilà les caractéristiques de la personne qui veut être avec les autres. Certaines personnes cependant marchent dans la rue comme si elles portaient un écriteau « Je ne veux pas de partenaire ». C’est la première chose qu’ils disent aux autres. Soudain une personne comme cela aperçoit un chien avec une patte blessée et qui lèche quelque chose qui dégoutte d’une poubelle à l’arrêt de bus. Alors elle lâche son écriteau et prend le chien, le nettoie, vérifie ses crocs, et cherche à quel nom il répond. Cette personne appelle un taxi pour conduire le chien chez le vétérinaire parce qu’elle sait que l’animal souffre. Elle ne connaît ni son nom ni son âge mais le chien est devenu automatiquement son partenaire – qu’elle le veuille ou non.

Ce que nous voulons n’a pas d’importance. Nous pouvons projeter d’avoir un partenaire ou pas. Dans notre expérience, notre esprit, il y a quand même la compassion et l’amour. Nous n’aimons pas voir souffrir un autre être. Avec cela à l’esprit, nous ramenons chez nous un chien à la place d’un autre être humain, et nous vivons avec ce chien pendant 15 ans. Le chien reconnaît nos humeurs et adapte son comportement. Le plan de ce que nous voulons et de ce que nous ne voulons pas, est sans conséquence. La vie se déroule par elle-même, tous les processus se déroulent par eux-mêmes. Cela n’est pas dans nos mains. Nous pourrions vouloir un partenaire qui serait très musclé, qui cuisinerait, qui s’occuperait du jardin de manière à ce que nous n’ayons pas besoin de payer quelqu’un pour le faire. Nous pourrions lui donner de l’argent pour qu’il achète de la bière de temps en temps, mais c’est seulement un calcul de notre part. Le partenaire n’est pas stupide, cependant, il voit ce qui se passe. « Je t’ai fait économiser un tas d’argent et tu ne me donnes presque rien. » dit-il. Elle répond « Dommage ». S’il a son esprit n’est pas troublé, alors il est clair qu’il ne restera pas plus longtemps avec une telle personne, il lui rendra tout ce qu’elle aura donné et la quittera. Elle souffre et en conclut que tous les hommes sont horribles. Elle ne veut pas du tout voir ce qu’elle est.

Aujourd’hui les gens ne veulent pas réfléchir. C’est l’état de la population. Ils ne veulent pas réfléchir à ce qu’ils sont, connaître leurs propres caractéristiques, quelle est la couleur, le parfum ou l’odeur qui est leur contribution au monde. Ils ne veulent rien entendre au sujet de leur comportement. Cependant, ils savent très bien écrire en lettres d’or au sujet de ce que les autres font. Le plus souvent ils écrivent combien les autres sont méchants, sur leur incompétence – ils ont une connaissance parfaite de l’ignorance, de l’égoïsme et de la stupidité d’autrui. Mais ils ne veulent pas voir leur propre égoïsme, leur propre stupidité – ils ne veulent même pas voir leurs propres intentions. Personne n’est autorisé à rien dire à leur sujet, car ils ne peuvent pas le tolérer.

Le couple est toujours un problème pour celui qui est dans une relation, et ce n’est généralement par le problème de la personne qui part. Cette personne n’a pas de problème. La personne qui part est détachée, c’est pourquoi elle part et laisse les choses être ce qu’elles sont. La personne qui s’en va n’a pas de problème. Le problème est toujours en nous. À chaque fois que quelque chose ne va pas dans notre vie, à chaque fois que nous sommes infectés par la souffrance, nous sommes la cause de notre souffrance, nous sommes l’agent infectieux.

Ceux qui sont détachés, dévoués et libres n’infecterons jamais les autres. Le chien ne vous dira pas : « Jette ton écriteau et ramène moi chez toi ! » Il ne s’inquiète pas de sa patte manquante – il a toujours les trois autres. Le principal c’est qu’il ait trouvé quelque chose à manger dans la poubelle. Il est reconnaissant. S’il n’y a plus rien à manger dans la poubelle, pas de problème, il ira chercher ailleurs. Le chien regarde tout autour de lui, il ne mendie pas ; il veut seulement satisfaire sa faim et continuer.

Le couple est notre problème quand nous y sommes candidat. Si ce que nous voulons c’est être généreux et aimant, alors même si nous portons un écriteau « Je ne veux pas de partenaire », quelqu’un viendra à nous et il nous faudra vivre avec, nous ne pourrons pas nous en débarrasser.

Lorsqu’une personne vit comme une fleur, tirant sa sève de la terre et la transformant en couleurs, en fraîcheur et en nectar, cette personne n’a pas besoin d’envoyer des cartons d’invitation pour fêter son anniversaire. Des milliers d’abeilles viendront à elle et ne voudront plus partir, elles voudront embrasser la fleur pour toujours. La fleur ne s’attend pas à l’arrivée des abeilles. Son rêve était de fabriquer du nectar, c’est tout. Et quand elle a son nectar, les abeilles viennent d’elles-mêmes – pas des mouches, ni des mites. Les abeilles arrivent car elles savent très bien qu’avec du nectar on peut faire du miel. Le nectar n’invite que les abeilles.

Donc, lorsque quelqu’un cultive son esprit, cela va attirer, à des centaines et des milliers de kilomètres à la ronde, ceux dont les besoins correspondent à ce qu’il offre. Ni la distance, ni le temps ne comptent. Lorsqu’un esprit a cette caractéristique, on trouve toujours son collectif. Lorsque nous avons les capacités pour être un partenaire, les candidats se mettent sur la ligne de départ. Toutefois ceux qui sont sur la ligne sont ceux qui sont connectés, en harmonie, avec notre esprit. Nos partenaires arrivent d’après le type d’esprit que nous avons. Nous n’avons pas besoin de les chercher, ils nous trouvent par eux-mêmes lorsque nous avons les caractéristiques, les qualités qu’ils recherchent.

Si cette qualité n’existe pas, c’est comme une fleur qui ne ferait aucun effort, qui ne s’ennuierait pas à fabriquer du nectar ou de belles couleurs. De telles personnes préfèrent peindre de la couleur par dessus et ne font aucun effort pour développer leur propre parfum. Elles achètent du parfum et s’en aspergent, et elles attendent que les abeilles arrivent !

Peut être que les abeilles arrivent, mais dès qu’elles y regardent de plus près, elles font demi-tour. Elles voient bien qu’il s’agit d’une fausse fleur. C’est une impasse, une erreur et la petite fleur fera des reproches aux abeilles qui s’en vont : « Je sens bon. J’ai des couleurs. Pourquoi ne venez-vous pas à moi ? Vous êtes stupides ! ». N’importe qui, regardant cela, sait qui, de l’abeille ou de la fleur, est stupide.

Ce n’est pas nous, en tant qu’êtres humains, qui créons la société. Elle est créée par les caractéristiques de l’esprit. Les qualités de l’esprit, ses caractéristiques, produisent la société. Que nous aimions cela ou pas, c’est une chose qui se produit automatiquement, cela ne peut pas être modifié. La société est créée autour de chacun de nous en tant qu’individus. Vous ne pouvez pas prendre quelqu’un d’autre comme votre partenaire et vous ne pouvez pas jeter l’autre personne dehors. Toutes les fonctions dépendent des caractéristiques de l’esprit. Si cette caractéristique est la répulsion, alors même le corps sera plein de répulsion, car c’est la caractéristique de l’esprit.

Lorsque la caractéristique de l’esprit est l’attraction, alors nos mains ne seront occupées que de tout ce qu’elles auront attiré. L’aimant attirera toujours le métal, peu importe où ils sont posés et qui les regarde.

Nous avons l’impression que c’est nous qui choisissons notre partenaire ou qui le jetons dehors, et que cela est dans nos mains. Même lorsque nous affirmons que nous ne voulons pas quelque chose, nous sommes incapables de l’éviter. Voilà comment la nature elle-même est dirigée. Cela ne dépend ps de ce que nous disons ou ne disons pas. Ce que nous voulons ne compte pas. Ce qui compte c’est ce qui est dans notre esprit – et c’est d’après ses caractéristiques que nous avons ce que nous avons et que nous manquons de ce dont nous manquons.

Si Margie aime cuisiner, alors il lui vient l’idée de cuisiner un porridge au chocolat. Elle va à la cuisine et prépare le porridge. Savoir qui va le manger ne l’intéresse pas, ce qui l’intéresse c’est de le cuisiner. Peu importe si c’est un Américain, un Chinois ou même une mouche ou une mite qui se promène dans la maison. Margie ne fait que préparer le porridge. Elle fait ce sur quoi son esprit est fixé. Ceux qui sont dans la maison, qui que ce soit, mangeront son porridge au chocolat. Alors tous lui diront combien il était délicieux – nous ne nous y attendions pas et il était super. Margie n’attendait pas de compliments de qui que ce soit, elle en reçoit malgré tout. Elle est ici à Prague et les gens viennent à elle du monde entier et lui disent : « Viens en Australie ! », « Viens à Mexico ! » et elle dit « Oui, oui, oui… » Elle fait sa valise et à l’aéroport il y a un tas de gens qui veulent l’inviter à Singapour ! Pourquoi ? Parce qu’elle adore cuisiner son chocolat au porridge, pour tout le monde. C’est égal pour elle qu’on le mange ou pas. Ce qui est essentiel pour elle c’est de le cuisiner.

Il y a une autre possibilité – nous cuisinons quelque chose, nous l’offrons et nous attendons que tout le monde le mange. Nous l’avons cuisiné, alors cela doit être mangé – et quand quelqu’un n’en mange pas, nous jugeons que cette personne est méchante. Nous avons cuisiné avec amour, et ce sale type n’y a même pas jeté un coup d’œil ! Alors nous prenons le plat et nous le donnons aux oiseaux.

Margie cependant, ne cuisine pas son porridge pour entendre ce que les autres vont en dire. Elle le cuisine parce qu’elle le veut. Lorsque notre esprit est rempli de ce genre d’ingrédients, nous n’avons même pas besoin d’inviter des gens à manger – les gens viennent de leur propre initiative pour voir ce que nous avons préparé. Quand ce que nous offrons est fait sur la base d’un calcul, de doutes, personne n’en veut. Personne ne viendra à nous parce que les qualités attrayantes manquent. Ce qui existe ce sont les qualités qui mettent de la distance.

À chaque fois que le verbe vouloir est employé, nous savons immédiatement de quelle sorte d’esprit il vient, sur quel terrain ce « vouloir » a grandi. Quel genre de parfum ce « vouloir » a-t-il ? En accord avec les caractéristiques, les gunas, ce « vouloir » sera accompli. Voilà la réalité.

Cela n’est pas nouveau, c’est la loi naturelle. Lorsque nous avons à la maison un animal de compagnie dont nous prenons soin, nous n’avons pas besoin d’établir des clôtures pour lui. L’animal sait où il vit. Les gens avaient l’habitude d’élever des buffles, des vaches et des moutons sans clôtures. Et lorsque des structures étaient nécessaires c’était pour protéger les animaux des éléments ou des prédateurs, mais les animaux étaient incapables de quitter les hommes qui prenaient soin d’eux.

Aujourd’hui les gens ne se soucient pas de la vie des animaux, ils veulent seulement produire leur bile, leurs os, leur viande et leur peau. Les animaux le savent et ils ne veulent pas rester avec de telles personnes. C’est pourquoi les clôtures électriques métalliques sont nécessaires. Les gens sont incapables d’offrir aux animaux de l’amour et un lieu de repos final. Au contraire – ils les conduisent à l’abattoir.

Lorsque ce genre d’animosité est ce que les humains ont à l’esprit, alors les animaux veulent fuir. Nous ne voulons pas qu’ils fuient alors nous déroulons les fils électrifiés. De la même façon les couples veulent un contrat qui les lie l’un à l’autre pour la vie. Ils portent une alliance en or pour attester qu’ils vivent ensemble. Les papiers ne les aideront pas, et aucun objet de métal ne peut les relier si les dispositions mentales nécessaires sont absentes. Et quand ces caractéristiques sont présentes aucun papier, aucune alliance ne sont nécessaires. Les contrats ne sont nécessaires que lorsque notre esprit est plein de tricheries et d’intrigues.

L’amour n’a pas besoin de preuve matérielle. Nous n’établissons pas de contrat avec nos animaux de compagnie. Nous n’échangeons pas d’alliance avec eux. C’est l’amour qui est dans notre esprit, et lorsque l’amour est là, tout fonctionne et tout est valable. Mais si l’amour manque dans notre esprit, les papiers sont inutiles. Ceux-ci ne sont utiles qu’aux avocats qui nous envoient une facture nous réclamant de l’argent. Au début les gens croient que leur esprit est plein d’amour et après un certain temps, ils découvrent qu’il n’y en a plus. Ce n’est pas important que quelqu’un ressente de l’amour ou pas – ce qui est important c’est que la caractéristique de l’esprit de cette personne est soit « j’aime », soit « je n’aime pas ».

Lorsque nous « ressentons » de l’amour, nous pensons que nous en « avons », mais il ne s’agit pas de cela pour ce qui concerne la qualité d’amour. Ce dont nous discutons c’est du désir d’« avoir » quelqu’un d’autre. Toutefois la qualité de l’amour n’est pas d’« avoir » quelqu’un – c’est de n’avoir aucune notion de « mien » et de « tien ». Tout tient ensemble, tout est relié. La qualité de l’esprit d’une personne dépendra de la présence ou non de cette sorte d’amour.

Les autres ne sont pas nos esclaves, ou nos fous ou des imbéciles – ils ne devraient pas nous intéresser parce que nous ne tenterons pas de les manipuler. Leur esprit n’est pas le sujet de nos vies. Le sujet de ma vie personnelle c’est que je suis seul. Quand je mourrai, je serai seul. Je ne prendrai même pas de vêtements avec moi. Je mourrai, et au crematorium ils retireront mes dents et brûleront mon corps. Rien de physique n’est « mien », seulement l’esprit et son intention, mon intention. Avec mon esprit je peux discuter de tout cela.

Je n’ai aucun moyen de contrôler qui que ce soit d’autre, personne et ça n’est pas mon but. Tout comme la fleur qui produit le nectar à partir du fumier – son plan n’est pas d’attirer qui que ce soit, ni les abeilles, ni les moustiques, ni les mites. Elle est heureuse de produire du nectar, d’être capable d’en produire.

Nous pouvons produire de l’amour dans notre esprit, et qu’en feront les autres ? Cela nous ne pouvons pas l’influencer, nous ne pouvons influencer que nous-mêmes. Nous sommes comme des enfants. Nous pouvons élever nos enfants comme nous le voulons, mais ils ont déjà leur propre esprit.

Les seules choses que nous pouvons changer, ce sont celles qui nous concernent. Là nous sommes habilités à changer quelque chose, nous pouvons tenter de changer quelque chose et nous avons le droit de le faire. Notre intention est de vivre notre vie. Les autres peuvent seulement nous « aider » dans ce but, tout comme Dacha et le chien – nous le ramassons dans la rue, nous l’emmenons chez le vétérinaire, nous lui donnons à manger. Cependant, si ce chien veut mourir, Dacha ne pourra pas ficeler son âme, ou la fixer en place avec du scotch. Dacha peut seulement prendre soin du chien – c’est tout ce qu’elle peut faire. Nous n’avons aucun droit de dicter à quelqu’un d’autre ce qu’il doit faire. Nous pouvons nous corriger nous-mêmes et nous devenons aussi une partie de l’environnement qui se créé automatiquement selon le genre de personne que nous sommes. Cela a à voir avec les qualités de notre esprit. Quel genre de personne sommes-nous ? Si la compassion est dans notre esprit, si l’amour est dans notre esprit, si la capacité de ressentir la peine d’autrui est dans notre esprit, alors personne ne nous fuira. Nous serons une ressource et une source pour autrui.

La source d’eau qui jaillit de la montagne n’a pas le projet d’alimenter qui que ce soit. Le torrent ne compte pas sur Dana pour venir y nager. Le torrent ne compte que sur l’eau de la montagne pour fondre et couler. Il tombera de rocher en rocher et créera une magnifique chute d’eau. C’est son intention. Le torrent ne s’occupe pas de savoir si les oiseaux viennent boire ou si les poissons nagent ou si les ours vivent sur ses berges, ou si les paysans viennent s’approvisionner en eau. Le torrent ne veut que couler et vivre sa propre vie.

C’est la même chose pour l’eau de la source même si elle coule dans le ventre d’un poisson. Son rêve est de couler. C’est sa caractéristique, son guna. Cela n’ennuie pas le fleuve lorsque le paysan tire de l’eau pour ses champs, ou lorsqu’une fleur sirote l’eau du sol. L’eau est heureuse de couler, c’est sa qualité. Elle ne prend rien d’autre en considération.

Tout le monde en dépend, essayant de trouver où c’est allé. C’est comme lorsque d’autres personnes dépendent de nous. Lorsque nous sommes l’eau, automatiquement les gens assoiffés viennent pour boire. La source ne va pas trouver la princesse – la princesse quitte son château pour chercher la source et toutes ses qualités.

Chaque « je » dans l’univers a son propre esprit, ses propres qualités, que son environnement reflète. Si le lit d’un fleuve est sans eau, combien de poissons voudront-ils y vivre ? Combien d’oiseaux attendront-ils alentours que l’eau revienne ? Combien les fermiers paieront-ils pour prendre l’eau du fleuve ? Vous pourriez établir des contrats entre eux, mais ce serait inutile. Personne ne restera planté là. Au moment où le fleuve est asséché, plus personne d’assoiffé ne vient de son côté.

Lorsque l’esprit est présent le « je » n’est pas nécessaire – l’esprit fonctionne seul. Un chien ne dit pas « je », « moi » ou « mien » – il incarne son esprit. C’est l’esprit qui est capable de tout, « je » n’est capable de rien. Nous disons constamment « je » mais ce « je » est une gigantesque illusion. Nous sommes notre esprit. Si notre esprit est stupide alors nous sommes stupides, et s’il est intelligent, alors nous le sommes. L’existence d’un « je » est absurde, fausse et illusoire. L’esprit est ce qui donne un sens au monde, il est le lieu où résident nos sens – « je » n’a même pas mes propres sens sans un esprit ! « Je » est, par conséquent, absurde.

C’est l’esprit qui est capable, pas « moi ». Tout est fait d’après l’esprit, non d’après « moi ». Si « je » veux ceci ou cela, que l’esprit n’ait pas cette qualité-ci ou celle-là, je suis impuissant à le changer. Ce qui existe au niveau de l’esprit est en cours 24 heures sur 24.

Nous devons réaliser que « je » est absurde, que l’esprit est ce qui donne du sens et est notre but. Fréquemment quand les gens disent « je » cela signifie qu’ils sont séparés de leur propre esprit. Alors ils sont malheureux lorsque les choses n’arrivent pas comme ils le souhaitent. Pourquoi les choses devraient-elles arriver comme « je » les imagine alors que « je » suis absurde ?

Le niveau de l’esprit est comme un paquet de caractéristiques, de gunas, d’intentions, de plans – et rien d’autre. L’esprit n’est pas une entité ou une personne de quelque sorte que ce soit. Parfois les gens n’aiment pas ce que l’Ayurveda leur dit à ce sujet. C’est dommage.

Question : Si quelqu’un est avec moi parce que lui ou elle profite du fait d’être avec moi et non pas amour, est-ce que cela signifie que cette personne abuse de mon amour ?

Vous ne pouvez rien faire à cela. Vous n’avez rien. Vous n’avez pas d’amour – mais des calculs. Vous comptez recevoir de l’amour et que l’autre doive respecter votre amour. Mais cela n’a pas d’importance. Laissez l’autre personne abuser de votre amour. Vous êtes heureux d’aimer, et si l’autre en abuse c’est son problème. Et avant tout, ce que nous appelons « amour » n’est pas du tout de l’amour. Lorsque nous croyons que c’est de l’amour, ce ne sont que des calculs. Cela signifie que cela devient un très gros problème, très important, si l’autre personne ne réagit pas de la façon que « je » veux. Cette personne abuse de mon amour – cette façon de voir est elle-même un manque d’amour pour cette personne. Cependant si nous nous rappelons de Dacha, alors nous nous rappelons qu’elle n’escomptait pas que le chien lui donne un massage et lui prépare son déjeuner, et lorsque le chien ne fait pas tout cela, elle ne se dit pas qu’il abuse de son amour. Ce n’est pas ce qu’elle escomptait – elle voulait simplement sauver le chien. Voilà ce qui est.

Un autre aspect est que nous avons pré-déterminé la présence de l’autre personne. Pourquoi ? Nous avons anticipé cette personne, l’esprit attendait quelque chose. C’est l’erreur de l’esprit que d’anticiper de cette façon. Lorsque l’autre personne ne remplit pas nos attentes, l’esprit souffre – mais l’erreur n’est pas chez la personne, elle est dans l’esprit. Stevie Wonder ne chante pas pour des troupeaux de moutons qui ne peuvent pas applaudir n’est-ce pas ? Il chante pour des êtres humains. Quand l’esprit attend que les moutons applaudissent le chanteur, c’est l’erreur de l’esprit. Vous pouvez leur jouer tout ce que vous voulez, ils n’applaudiront jamais. Au mieux ils feront : « Bêêê…. » parce que c’est ainsi qu’un mouton s’exprime, et ils le font de la façon qu’ils connaissent. De la même manière, l’esprit d’autrui réagira selon ses propres caractéristiques. Mon esprit a choisi des moutons comme public, alors c’est ma faute d’avoir invité des moutons au Théâtre national pour leur jouer de la harpe, ou peut être de la flûte. Le public devant lequel nous nous produisons est notre problème. Nous désirons constamment l’attention des autres. C’est notre problème quand nous ne nous en débarrassons pas, c’est notre problème si nous sommes pleins de regrets. Nous avons de la compassion, c’est notre problème, ce n’est celui de personne d’autre. En définitive il est stupide de notre part d’avoir des problèmes avec nous-mêmes. La pierre d’achoppement est que nous avons un problème avec nous-mêmes. L’Ayurveda le cherchera toujours là, jamais ailleurs.

Lorsque nous n’anticipons pas, lorsque nous effectuons simplement notre travail, quel qu’il soit – faire la cuisine, laver les vêtements, rien d’autre, collant à nos caractéristiques – alors automatiquement les gens viendront se rassembler autour de nous. Lorsque nous commençons à compter sur des choses, à escompter des résultats, lorsque nous calculons, alors nous n’aurons jamais rien à additionner.

L’esprit lui-même choisit. Je ne peux pas choisir, l’esprit a choisi. Le fait que vous ayez lu ceci jusqu’ici ne dépend pas de moi.

Il n’y a pas de surprise dans l’univers. Tout est un jeu de caractéristiques, qui conduisent à la fois à la satisfaction et à la souffrance. Ces caractéristiques se manifestent d’elles-mêmes, et nous ne pouvons pas les juger. Le jugement est biaisé, cela dépend de la perspective adoptée. La réalité est dans les gunas.

Les fleurs poussent dans le fumier odorant. Elles sont belles, elles sentent bon, et tout le monde en veut chez soi. Alors que auparavant il y avait une mauvaise odeur, nous devions porter un masque et des gants tellement le fumier pue.

L’Ayurveda est ce genre de fertilisant. Ce n’est pas une nature morte aux fruits, c’est du fumier. Les paysans ne le choisissent que rarement. Ceux qui peuvent gérer l’odeur ont de splendides troupeaux, ceux qui ne veulent pas s’en occuper ont des prés vides. Rien ne poussera sur le sol de ceux-ci. L’Ayurveda n’est pas plaisant, et vous ne recueillerez aucun éloge de cette entreprise.

Nous savons très bien que nous sommes de bons paysans, parce que nous sommes ici. Nous ne sommes pas intéressés par la puanteur – nous sommes intéressés par la nutrition. Ce genre de paysan, sur le chemin de l’Ayurveda, peut entreprendre un marathon entier. Ceux qui trouvent que ça sent mauvais, qui sont allergiques à l’odeur, tomberont sur le bas-côté au bout de 10 mètres, ils ne finiront pas le marathon. Ce n’est pas une caractéristique de l’Ayurveda d’attirer les gens – au mieux l’Ayurveda est un élément nutritif qui sent mauvais. Le but est la nutrition. C’est sa caractéristique – conscience, connaissance, réalisation. Ça pue. Oui, ça peut sentir vraiment mauvais. Cela dépend de ce qui nous intéresse, ce qui nous attire – la nutrition ou l’odeur. Plus c’est nutritif, plus ça pue. Ceux qui sont intéressés par la nutrition mangeront même quelque chose qui pue. Ceux qui ne supportent pas l’odeur le jetteront car cela leur rappelle un cadavre.

Nous sommes tous différents, et chacun d’entre nous a un esprit libre. Nous savons que les caractéristiques déterminent les événements. L’univers entier est dirigé par elles – l’électromagnétisme, la gravité, l’inertie etc – ce sont toutes des caractéristiques. L’énergie, la matière, tout est caractéristique. La biochimie, la nourriture, les herbes, les procédures toutes ont leurs caractéristiques. Le monde est lié à elles. Les hommes aussi, même si dans leur ignorance ils séparent ces caractéristiques d’eux-mêmes. On nous rabat les oreilles à tout moment avec cette fausse croyance que « je » suis quelque chose, (n’importe quoi sauf l’esprit) nous trébuchons et tombons parce que nous croyons que le « je » est quelque chose de différent de l’esprit. Quoiqu’il en soit, « je » dois être bien, « je » dois avoir raison, « je » suis l’auteur de « mes » actions.

En fait c’est l’inverse qui est vrai : « je » n’est rien, l’esprit est tout.

Reconnaître cela c’est être conscient, ne pas le reconnaître, c’est être inconscient. Ce sont peut être des mots que vous trouvez amers mais c’est comme ça, je suis désolé de le dire. Si vous voulez suivre le chemin de l’Ayurveda, vous expérimenterez l’amertume. Vous n’entendrez rien de sucré ici. Peut être qu’à présent vous préférez ce genre de bière amère, peut être qu’à présent vous êtes fatigués du coca cola. Vous êtes braves, stables et forts et l’Ayurveda est le chemin de tels gens exceptionnels. C’est la voie de ceux qui peuvent continuer à creuser, qui aiment apprendre.

Alors vous en êtes là – vous avez été jusqu’à la fin de ce livre, grâce à votre caractéristique extraordinaire de maintenir votre nature exceptionnelle. Certaines personnes aiment les choses absurdes et s’y tiendront toute leur vie durant. Chacun de nous est différent et nous vivons selon nos samskaras, nos expériences et nos réalisations. Nous vivons toute notre vie de cette façon, tous, partout dans le monde. Que nous vivions en Afrique ou au Groenland n’a pas d’importance.

Nous savons qu’il y a cinq éléments en Ayurveda : la Terre, l’Eau, le Feu, l’Air et l’Ether. Ce sont seulement des concepts qui expriment des groupes de caractéristiques. L’élément Terre n’a rien à voir avec la planète sur laquelle nous nous tenons. C’est seulement une caractéristique que quelqu’un ou quelque chose peut avoir et maintenir, la caractéristique de la stabilité… etc. L’élément Feu ne désigne pas une flamme, c’est un concept qui rassemble un ensemble de caractéristiques qui contribuent à la transformation. Les soi-disant éléments sont des paquets de gunas.

Les gunas ont un lien très direct avec les caractéristiques de l’esprit. En d’autres mots les caractéristiques de l’esprit deviennent matérielles, s’incarnent de cette manière. Sur la base de ces caractéristiques nous avons développé les mots ayurvédiques bien connus de vata, pitta et kapha, qui à nouveau ne sont rien d’autre que des paquets de certaines caractéristiques. Comme nous l’avons dit ci-dessus, ce qui est matériel n’est en fait pas de la matière, ce sont des ensembles de caractéristiques. C’est vrai partout dans le corps, du plasma au sang, aux muscles, aux nerfs, aux os, à la peau, aux organes internes – ils sont tous des ensembles variés de gunas.

L’Ayurveda utilise ces concepts pour nous fournir une vision qui embrasse les différents champs de la science que sont l’anatomie, l’histologie, la physiologie, la psychologie – et la spiritualité.

Merci de votre attention.

HARI OM